Top 100 : Partie 4 (1988-1990)


31.The Question #5, DC Comics (Dennis O’Neil / Denys Cowan/ Rick Magyar)

 

THE QUESTION est un personnage apparu en 1967 en tant que back-up de huit/dix pages dans le comic-book BLUE BEETLE chez CHARLTON COMICS ; le rédacteur en chef de CHARLTON, DICK GIORDANO à l’époque ne voulant pas donner sa propre série à ce personnage. A la fin de l’aventure CHARLTON, DC rachète les droits de tous les personnages et recommence à publier dès 1984 les aventures de PEACEMAKER (dans la série VIGILANTE) , CAPTAIN ATOM ou BLUE BEETLE. Les créateurs de CHARLTON à l ‘époque (DENNIS O’NEIL, STEVE SKEATES, JIM APARO et STEVE DITKO, le créateur du personnage) partent ailleurs, chez DC et MARVEL signant la fin de la compagnie, en 1968.
Avant 1986 ; le personnage de THE QUESTION n’avait donc été publié que dans 64 pages de comic-book en tout et pour tout. La réapparition de ces personnages dans la maxi série CRISIS ON INFINITE EARTH et la bonne réaction des fans quant à la série régulière BLUE BEETLE a donc incité DC à offrir plus de visibilité aux super héros CHARLTON. En 1985 donc, dans le bureau des deux plus vieux rédacteurs en chef de DC, MIKE GOLD et DENNIS O’NEIL, germe alors l’idée de reprendre le personnage de DITKO pour lui donner sa propre série mensuelle. O’NEIL arrivait de chez MARVEL (où il avait scénarisé DAREDEVIL et IRON MAN) et voulait reprendre les rênes d’une série régulière tout en continuant son travail d’éditeur de la ligne BATMAN. Ne voulant pas se réapproprier BATMAN ou GREEN ARROW, il décide donc avec MIKE GOLD de s’intéresser à THE QUESTION ! GOLD récupère les 64 pages des précédents comics de chez CHARLTON et les donne à O’NEIL qui est plus qu’enthousiasmé à l’idée de faire la série. L’idée est de faire une approche philosophique du personnage, de faire un héros motivé uniquement par la curiosité et surtout, de ne pas lui donner un alter égo. VIC SAGE agirait dans la vie de la même manière que THE QUESTION, c’est simplement son identité secrète ! Ils décident d’en faire un personnage plutôt antipathique, sans véritable connexion avec le lecteur, qui ne peut s’identifier au héros, ce qui ne nécessite pas de prime abord de faire apparaître un vilain récurrent qui deviendrait la Némésis du personnage. De plus, chaque numéro se devrait d’avoir un thème bien précis, de poser des questions bien particulières sur la société, la philosophie ou les valeurs humaines.
La série prend forme, surtout lorsque DICK GIORDANO, devenu rédacteur en chef de DC donne son approbation. Il ne reste plus qu’à trouver un dessinateur.
GOLD et O’NEIL pensent immédiatement à ERNIE COLON, alors occupé sur la mini-série COSMIC BOY, mais ce dernier va refuser la série quelques semaines plus tard car il est débordé. O’NEIL décide alors d’engager DENYS COWAN , qui avait déjà fait des numéros de VIGILANTE ou de TEEN TITANS SPOTLIGHT (STARFIRE) et qui venait de finir un arc de BATMAN par MAX ALLAN COLLINS. COWAN était à la recherche d’un travail régulier et se jette sur THE QUESTION avec une motivation incroyable, produisant des planches en un temps record et s’impliquant à fond dans le processus narratif dès le quatrième numéro de la revue. Il faut maintenant trouver un encreur, et MIKE GOLD hésite entre RICK BURCHETT et RICK MAGYAR qui travaille sur VIGILANTE avec TOD SMITH.
GOLD place BURCHERTT sur VIGILANTE et embauche MAGYAR, qui lui aussi s’implique fortement dans la série.
La couverture du premier numéro va être signée BILL SIENKIEWICZ, qui décide alors de garder son empreinte sur la série en encrant dès le numéro 2 les couvertures de COWAN , pour un résultat assez exceptionnel !
Il est décidé de publier THE QUESTION dans un format DELUXE, c’est à dire composé de 27 pages de comic et avec un papier de très bonne qualité à 1,50$ vendu uniquement dans les librairies spécialisées. (C’est par exemple le premier format de publication de WATCHMEN, VIGILANTE, NEW TEEN TITANS et INFINITY INC. )
Nous sommes en 1986 et alors que THE QUESTION #1 arrive sur le marché, DC publie aussi WATCHMEN #6, qui commence à connaître un énorme succès et THE DARK KNIGHT TPB !
Précisons les origines du personnage :
VIC SAGE est un orphelin qui n’a jamais connu ses parents. Il a été élevé dans l’orphelinat de HUB CITY où il été baptisé CHARLES VICTOR SZASZ (il prendra le nom de VIC SAGE lorsqu’il commencera une carrière de journaliste à la télévision).
Le journaliste travaille dur pour exposer à la face des téléspectateurs le crime et la corruption de sa ville, mais sans résultat apparent. Sa vie va changer lorsque son ancien professeur d’université, ARISTOTLE RODOR , lui indique qu’un de ses anciens collègues de recherche, ARBY TWAIN (aidé au départ par RODOR) a fabriqué une peau synthétique , qui , due à une impureté dans le gaz qui doit la coller à la peau humaine, s’est souvent avérée mortelle. RODOR a la preuve qu’ARBY essaye de vendre ce PSEUDODERME aux pays du tiers monde sans en avoir changé la formule !
Pour masquer son identité, SAGE va utiliser ce fameux PSEUDODERME avec une version modifiée du gaz qui le colle à sa peau. Le masque efface en effet tous les traits de SAGE, laissant à la place un individu sans visage nommé THE QUESTION !
Autant vous dire que toute la série, qui dure une trentaine de numéros, est absolument excellente et qu’il faut vraiment la lire de toute urgence. J’ai décidé de consacrer ce petit paragraphe au numéro 5, qui est selon moi le meilleur de la série.
En effet, après le premier arc où VAC SAGE dénonce les agissements du maire véreux de la ville, cette dernière est en proie au chaos et les auteurs vont s’intéresser au quotidien des habitants pris dans cette folie. On suit donc une secrétaire, son patron, une vieille dame qui part travailler alors que c’est la grève des bus ainsi que VIC, qui se demande quelle est sa place dans tout ce bazar. Et cela ne finit pas bien !
Cet épisode de THE QUESTION est certainement l’un des meilleurs de toute la série, non seulement parce que l’on touche à l’essence même du personnage et des idées développées par O’NEIL, comme le contrat social, la misère humaines, les faiblesses des hommes et l’espoir de rédemption, mais aussi parce que la caractérisation des personnages est absolument parfaite. En quelques lignes, quelques mots, tout est dit, tout est posé.
O’NEIL nous montre ici la face sombre de la nature humaine sans être trop lourd ou trop pompeux : il nous livre toutes ces émotions sans aucun filtre, et on se prend réellement toute cette violence et ce malheur en pleine face, sans pour autant que ce soit provocateur ou trop surjoué. C’est une réalité qui choque et qui fait mal.
Personnellement, le destin de MAUD (la vieille dame qui attend le bus dans le froid) , qui clôt l’épisode de manière magistrale m’a énormément touché, car cela résume quasiment tout ce qui est écrit dans ces 27 pages, un destin tragique et pas maîtrisé.
Vic s’aperçoit qu’il ne peut pas tout résoudre, mais que ce n’est pas une raison pour laisser tomber : il va donc reprendre sa carrière de journaliste et exposer la corruption, sans jamais rien lâcher. Les muscles ne suffisent pas.
Tout espoir n’est pas complètement perdu : on assiste au début de la rédemption d’IZZY O’TOOLE qui va devenir l’un des personnages secondaires de la série, mais  c’est vraiment sombre et déprimant !
On peut quand même noter le parallèle avec WATCHMEN, qui était en cours de publication à la même époque, et l’hommage est évident au moins sur les faits sur les faits (un viol et une défenestration) même si l’étude porte plus sur l’humain que sur le super héros et que la critiques sur le médium n’est pas présente. Mais il n’y a que 27 pages.
O’NEIL nous livre ici un récit absolument humain, avec toutes ses faiblesses et qui est superbement mis en images par COWAN et MAGYAR, qui offrent cette fois ci un découpage serré, beaucoup plus que d’habitude, ce qui semble logique vu le nombre d’histoires que O’NEIL va raconter ici. Toutes ces personnalités qui se cherchent car elle ont au départ été salies par HUB CITY (dont le rappel historique nous montre qu’elle a été bâtie sur un meurtre ! ) , et O’NEIL nous dévoile cela de manière tout à fait MAGISTRALE ! Un énorme moment !

 

Titres écartés au profit de celui-ci:
GREEN ARROW : LONGBOW HUNTERS #1-3 (Mike Grell) : une mini-série qui va lancer la nouvelle série Green Arrow qui se balade dans les mêmes eaux que THE QUESTION.

32. 1987 Thor #380, Marvel Comics (Walt Simonson-Sal Buscema)


Comment ne pas proposer les épisodes de de Thor par Walter Simonson? Comme j’essaye de résumer tout un run à un seul épisode, j’ai choisi celui qui clôt quasiment le run de ce dernier (du numéro 337 au numéro 382) et qui a livré, encore peut-être plus que le run de Lee et Kirby, des moments mémorables, de véritables sagas cosmiques et surtout, des idées toutes nouvelles, comme transformer Thor en grenouille, donner le marteau de Thor à un extraterrestre à tête de cheval, etc…
Ce numéro est assez particulier et résume bien la série.
Thor est vulnérable et mourant, il doit pourtant affronter le serpent de Midgard, un des monstres les plus terribles de l’univers. Thor y laissera sa vie après un combat épique qui va durer 24 pages et 24 cases seulement puisque Simonson et Buscema nous proposent le format d’une seule image par page (la splash-case), qui rend forcément justice à ce combat.
C’est pour moi la quintessence du run du scénariste Walt Simonson, qui esquisse aussi les dessins de cette histoire finalisés par l’incontournable Sal Buscema.
C’est beau, c’est fort et c’est puissant.
Et incontournable !
 

33.1988 Animal Man #5, DC Comics (Grant Morrison/ Chas Truog)

 

Les auteurs britanniques ayant pris le pouvoir chez DC Comics qui leur propose de relancer de vieilles séries avec un ton beaucoup plus adulte, c’est sans aucune surprise que l’on voit débarquer sur Animal Man, un héros plus que secondaire, un jeune auteur prometteur qui s’était fait remarquer outre-manche par des récits un peu subversifs ; Grant Morrison !
Qui est Animal man ?
Buddy Baker possède le pouvoir d’absorber les spécificités des animaux qui l’entourent (le vol d’un oiseau, la force d’un éléphant). Utilisant sa popularité et ses capacités afin de servir la cause animale, il va rencontrer divers personnages bizarroïdes. Les quatre premiers épisodes de la série sont plutôt naïfs (enfin, pour du Morrison) puisque le discours est très clair et très premier degré. Morrison est un pro de la protection animale et tout son discours repose sur les méfaits de l’expérimentation sur des cobayes non humains. Mais c’est dans l’épisode cinq que les aventures du héros commencent réellement à décoller. Morrison invente une histoire exceptionnelle, une sorte de manifeste de Wile E Coyote (Vil Coyote en VF) qui en a assez de se faire écraser, décapiter, humilier juste pour faire rire les gens.Vous ne rêvez pas, c’est bien le personnage du dessin animé qui vient nous raconter son histoire, dans un plaidoyer assez énorme sur la violence envers les animaux de cartoon à la télévision. C’est vraiment superbement réussi. C’est aussi dans cet épisode que Grant Morrison commence à briser le quatrième mur, en faisant rencontrer leur créateur à des personnages de fiction. Cette idée atteindra d’ailleurs son apogée lors de la fin de run de Morrison sur Animal Man où Buddy Baker va rencontrer en chair et en os … Grant Morrison !
Si les dessins ne sont pas formidables, ce numéro est vraiment très important dans la mesure où, avec une forme très originale et vraiment inédite, le scénariste propose un message de fond assez important, qui résonne encore plus fort de nos jours.

34. 1988 STRAY TOASTERS, Marvel Comics (Bill Sienkiewicz)

 

Il est bien évident que l’on ne peut pas lire STRAY TOASTERS comme on lirait INVINCIBLE. On prend son temps, on se met au calme et pourtant on dévore cette bande dessinée atypique.

Dans un style narratif et visuel extrêmement proche de ELEKTRA ASSASSIN, Bill Sienkiewicz nous raconte une histoire de Tueur en série à la tête de grille-pain, de mère qui scarifie ses enfants, de policier fou et alcoolique en discussion avec des éléphants roses, du diable, d’un petit garçon électrique, d’un docteur démembré et fou d’amour ainsi que d’un procureur sado maso. Vous l’avez bien compris, c’est impossible à résumer.
Mais c’est une grande expérience.
Avec un style narratif extrêmement fouillis, qui donne très mal à la tête à la lecture des cinquante premières pages (on ne comprend pas grand-chose, l’une des marques de fabrique de l’auteur étant de mélanger la réalité et la fiction), nous nous trouvons avec un récit raconté à la première personne mais utilisant différent points de vue et différents narrateurs, avec pour seule distinction la couleur des bulles et la différence de lettrage suivant les personnages. Bien sûr, les pensées ne sont pas toujours en adéquation avec les cases de la BD ; ce qui peut grandement déconcerter au départ, surtout que l’intrigue est assez obscure. Comme dans ELEKTRA, Sienkiewicz nous livre le récit brut de décoffrage et ne prend pas le temps d’installer son action et ses personnages. Il faut tout de suite admettre ses idées les plus bizarres comme acquises, comme ce docteur qui perd ses membres et qui est totalement difforme, de même que le petit garçon électrique.
Il faut aussi avoir envie d’accepter tout ce que l’auteur nous offre, tout ce mélange entre réel, imaginaire et invention.
Je vous rassure, STRAY TOASTERS n’est pas une œuvre jolie mais totalement fermée, l’histoire et le style peuvent facilement déconcentrer et ennuyer les moins avertis des lecteurs, mais Sienkiewicz raconte une histoire qui tient debout (enfin, si l’on admet qu’un garçon de huit ans avec une prise électrique dans la tête branché sur du courant puisse exister et un tas d’autres choses) avec un début, une fin et une explication de toutes ces choses obscures qui nous font nous creuser la tête sur les cinquante premières pages.
Au niveau de l’histoire justement, le seul petit reproche que l’on pourrait faire, c’est qu’il use et abuse des cadres écrits à la première personne, qui sont parfois un peu redondants et souvent vraiment très nombreux, ce qui nuit un peu à notre envie de comprendre ce qu’il se passe.
Après, que dire graphiquement si ce n’est que c’est un maître en la matière, qui sait parfaitement doser le dessin, l’expérimental et les couleurs pour arriver à sublimer son texte et son histoire.
D’ailleurs, à la lecture de cette œuvre, je me demande bien quelle est la part réelle de FRANK MILLER dans ELEKTRA ASSASSIN, car vraiment, toute la structure narrative de STRAY TOASTERS, la manière de mettre en place les dessins, les personnages, les bulles et même les dialogues ressemblent comme deux gouttes d’eau à ce dernier récit, avec une histoire quand même un peu plus barrée.
Je ne sais pas si c’est encore trouvable en librairie, mais franchement cela vaut vraiment la peine, vous allez vivre une expérience assez surprenante.
Si jusque-là vous n’avez lu que du super héros, genre INFINITY CRISIS ou CIVIL WAR vous risquez largement d’être décontenancé par le texte, par le propos, par le dessin et par la manière dont c’est raconté, cela risque même de vous rebuter un bon moment, mais ce livre est exigeant ; il demande un réel effort au lecteur, et finalement, un comics qui nous fait réfléchir, c’est assez rare pour qu’on le signale. Personnellement, je suis un grand fan.
 


Titres écartés au profit de celui-ci :
MOONSHADOW (JM De Matteis / John J Muth) assez barré et expérimental, mais d’une poésie fabuleuse.

35. 1989 ALPHA FLIGHT #66, Marvel Comics (Mantlo/Haynes/Talaoc)
 

Alors oui, je vais surprendre tout le monde mais pour moi la meilleure période d’ALPHA FLIGHT n’est pas celle de John Byrne, c’est celle de Bill Mantlo et de James D. Hudnall.
Parce que ces deux scénaristes ont vraiment réalisé une série d’équipe avec des thèmes percutants. Arrêtons-nous d’ailleurs sur le cas de Bill Mantlo, scénariste qui a réalisé des tonnes de comics Marvel qui vont du pire au meilleur. Et c’est le meilleur qu’il nous offre ici, même s’il y a quelques problèmes avec les dialogues (un fait récurrent chez Mantlo), faisant de ce groupe une sorte de Doom Patrol totalement dysfonctionnelle. Imaginez un comics Marvel des années 80 où un des héros est handicapé, un autre enfermé dans un corps de femme et un autre totalement jaloux, au point qu’il va utiliser ses pouvoirs pour faire n’importe quoi, notamment essayer de piquer la petite amis de l’un de ses coéquipiers.
Ajoutez à cela un démon de la putréfaction et vous comprendrez que les premiers épisodes de Mantlo sont dignes d’une vraie série d’horreur. Alpha Flight est composé de héros aux pouvoirs improbables (une fille pourpre qui commande aux gens, un gars qui peut appeler différentes versions d’êtres humains (Manikin) a plusieurs étapes de l’histoire, comme un homme préhistorique, une amibe ou un scientifique futuriste) ce qui en fait une série plutôt innovante finalement. Et cet épisode 66, le dernier de Mantlo, nous livre une fin en apothéose. En effet, à cette époque, Mantlo avait de gros problèmes avec Marvel et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’est totalement lâché (d’ailleurs, il ne fera plus rien avant de se faire heurter par une voiture un ou deux ans plus tard) envers sa maison d’édition.
L’histoire est très simple, Manikin brise la quatrième mur et apprend que l’on souhaite le tuer à  la fin de l’épisode. Il va donc tout faire, jusqu’à rencontrer son créateur (Bill Mantlo lui-même) pour éviter sa fin toute proche. Nous nous trouvons totalement dans le cadre d’un comic-book à double sens, où le scénariste règle ses comptes avec l’éditeur même si une pirouette à la fin atténue un peu le propos. Dans un ultime pied de nez à sa direction (qui voulait réellement tuer le personnage), Mantlo décide de lui laisser la vie. C’est vraiment intéressant lorsqu’on connaît le contexte et c’est réellement surprenant, même si les dessins sont assez faibles et mangés par l’encrage lourd de Jerry Talaoc et que les dialogues sont moyens. En tout cas, c’est un comic-book à lire.

 

36. 1989 AKHAM ASYLUM, DC Comics (Grant Morrison / Dave Mc Kean)

 

La première fois que j’ai lu ce graphic novel, c’était il y a plus de vingt ans, lorsque galvanisée par le succès du film de Tim Burton, la boîte d’édition COMICS USA nous a proposé ARKHAM ASYLUM dans les librairies Françaises. Réalisée par un scénariste qui m’était encore inconnu, GRANT MORRISON et un dessinateur que j’avais pu apprécier sur ORCHIDEE NOIRE, DAVE McKEAN, je me jetai à l’époque sur cette revue cartonnée grand format. ARKHAM ASYLUM nous raconte une histoire bien particulière de notre justicier masqué ; en effet, les criminels de l’asile ARKHAM se sont rebellés et tiennent le personnel en otage. Leur seule exigence : que BATMAN passe une nuit avec eux dans cet asile, là où est, selon eux, sa vraie place.
A l’époque, cela m’avait profondément marqué au niveau du scénario, bizarrement beaucoup plus que THE KILLING JOKE, sorti quelques mois plus tôt !
Déjà j’avais l’impression que certaines idées et concepts me passaient au-dessus de la tête (comme quoi finalement rien n’a changé chez MORRISON) et ce ton assez dur et adulte m’avait profondément troublé, MORRISON étant arrivé à mon avis à entrer non seulement dans l’esprit de BATMAN, mais surtout dans celui des criminels de l’asile, moins développés mais beaucoup plus intéressants. Et quels dessins ! Surtout quand l’édition française était en grand format !
Je l’ai relu il n’y a pas si longtemps et je dois franchement avouer que l’histoire a un petit peu vieilli. Il faut dire que depuis ARKAM ASYLUM , BATMAN a eu droit à des milliers d’aventures qui se sont toutes un peu inspirées de ce thème et qui ont un peu dilué les idées du scénariste, finalement assez conventionnelles et classiques. Encore une fois, ce qui fait la différence, c’est le traitement de l’histoire par DAVE Mc KEAN, peut-être pas vraiment à sa place sur ce genre de titre, mais qui nous livre certainement le JOKER le plus terrifiant jamais dessiné. Même si le développement du directeur de l’asile est assez phénoménal.
A mon avis, ce sont certainement les dessins qui priment aujourd’hui sur le scénario, qui fait de BATMAN un être complètement faible et au bout du rouleau, qui ne prévoit rien à l’avance et qui se débat difficilement avec sa folie vengeresse. On pourra quand même reprocher à cette bande dessinée une fin assez classique, MORRISON mélangeant fantastique et onirique pour sortir notre super héros d’une situation bien compromise. En revanche, les petites cases qui sont censées représenter les différents malades de l’asile en fin de livre sont toujours aussi fortes !
Même si ARKHAM ASYLUM est peut-être la bande dessinée qui me plaît maintenant le moins dans toute la liste, j’en garde un excellent souvenir, surtout parce que son côté assez dur et cru m’avait choqué à l’époque. Un bon one-shot qui a un peu perdu finalement mais qui reste tout de même dans la liste. En tout cas, c’est un comic-book qui m’a marqué !
 

– Titres écartés au profit de celui-ci :
DOOM PATROL #19-63 du même GRANT MORRISON : oui, cela fait mal au cœur parce que c’est un excellent comics et que c’est gênant de le voir écarté de la liste, mais je ne voulais pas en mettre trop. J’aurais tout à fait pu parler de Doom Patrol à la place mais je ne sais pas, je n’ai pas réussi à trouver un arc significatif.
BLACK ORCHID #1-3 de Neil Gaiman et du même Dave Mc Kean.
– THE KILLING JOKE, une bande dessinée réalisée par le talentueux Brian Bolland (Camelot 3000) et le génial Alan Moore qui retrace les origines définitives du Joker


37. 1989 FROM HELL, Taboo/Kitchen Sink Press (Alan Moore/Eddie Campbell)

 

C’est surtout l’expérience que j’ai eu avec ce livre qui est intéressante. MOORE (encore lui mais bon, c’était difficile de s’en passer) essaye toujours de pousser le processus de narration et d’intellectualisation des comics toujours plus loin, si bien que ses œuvres deviennent de plus en plus pointues, quitte à laisser beaucoup de lecteurs un peu moins au fait des choses de l’art et de la magie sur la carreau. C’est assez fermé, mais le scénariste arrive toujours à laisser une trame assez solide pour permettre au lecteur non initié de suivre le fil et d’apprécier l’histoire différemment. Mais je trouve qu’au fil du temps, ça devient quand même de plus en plus ardu, par exemple, sa LEAGUE OF EXTRAORDINARY GENTLEMEN : BLACK DOSSIER m’a laissé de côté, pas compris, pas eu envie de faire l’effort, bref, je trouve que sur cette production, il a un peu raté son coup dans la mesure ou les innombrables références ne m’ont, cette fois ci pas permis d’entrer dans le bouquin et son univers! Et FROM HELL part un peu du même principe : MOORE nous raconte sa version de l’histoire de JACK L’EVENTREUR , qui recoupe quasiment tout ce qui avait été écrit à son propos, sans aucun raccourci et sans déblayer le terrain. Ce n’est pas la validité de sa théorie qui compte, on le comprend au fil des pages, c’est plus faire un bilan de tout ce qui a pu être écrit avant, et en même temps nous donner un aperçu de cette époque via le prisme de l’éventreur. Si l’on n’est pas à l’aise avec cette période, on peut vite se sentir perdu, mais l’avantage de FROM HELL, c’est que chaque case, chaque référence est indexée à la fin du livre, dans une annexe qui fait d’ailleurs une bonne quarantaine de pages !  Du coup, on se sent un peu moins mis de côté, Moore laissant les clefs pour appréhender son oeuvre dense et ultra-référencée.
Ce qui ne m’a pas empêché d’abandonner en cours de route, très rapidement, dès le deuxième ou troisième chapitre ! Trop dense, pas assez prêt pour me plonger dans cette lecture ambitieuse et exigeante. Jusqu’au jour où je suis retombé dessus, et là, j’ai dévoré, je dis bien dévoré tout le bouquin en moins de deux jours. Impossible de le lâcher jusqu’à le dernière case du dernier appendice. Que dire pour décrire le boulot du scénariste ? Rien. C’est ALAN MOORE, il écrit bien et c’est terriblement brillant. Après, il est vrai que ce FROM HELL peut paraître un peu ardu, avec les dessins d’EDDIE CAMPBELL qui ne sont pas non plus d’un accès absolument facile si on sort de dix ans de lecture de UNCANNY MARVEL ALL NEW POINT ONE POINT ONE ou de 52 NEW CRISIS DC REBIRTH . Sauf que, au fur et à mesure, on se rend compte que non seulement MOORE fait un travail énorme, mais que CAMPBELL se met au diapason, respectant à la lettre les instructions de son scénariste. D’une réalité crue, certaines de ses cases sont parfois assez insoutenables, avec finalement assez peu de travail sur l’image.  Et c’est ce dessin complètement réaliste et référencé (tout en gardant son côté dessin), très froid, qui permet l’incursion finale dans ce LONDRES de l’époque VICTORIENNE.
Certains passages sont peut-être un peu longuets ( GULL et la magie peut être) mais totalement essentiels si on veut apprécier l’œuvre dans sa totalité.
Et puis même si on n’a pas envie de se lancer dans la lecture acharnée des appendices, il reste quand même une trame somptueuse, qui nous plonge petit à petit dans la noirceur et la cruauté à condition de faire un petit effort.
Bref, FROM HELL est d’une réalité macabre et froide, menée de main de maître par les dialogues et les trames complexes du dieu vivant ALAN MOORE et les dessins terrifiants d’EDDIE CAMPBELL.
En plus, quand on referme ce bouquin, on se sent un peu plus intelligeant que quand on l’a ouvert.
Comme quoi il ne faut jamais désespérer quand on n’arrive pas au bout d’un livre d’ALAN MOORE, il faut juste attendre le bon moment !  Cela vaut le coup !


38. 1989 LEX LUTHOR THE UNAUTHORIZED BIOGRAPHY (James D. Hudnall / Eduardo Barretto)

Dans un chalet en montagne, une prostituée ramène à LEX LUTHOR une cassette vidéo tirée des enregistrements de la police. Il s’agit en fait de l’interrogatoire de CLARK KENT (l’identité secrète de SUPERMAN), accusé du meurtre d’un journaliste : PETER SANDS. CLARK, qui a refusé un avocat est interrogé par les officiers ORTIZ et HARRIS, ces derniers, convaincus de la culpabilité de KENT essayent de le pousser à bout en lui montrant des photos de la victime ensanglantée ! La résolution de l’enquête et de l’intrigue va permettre au lecteur de découvrir le passé secret de Lex Luthor, comment il est arrivé au sommet de l’échelle et tous les cadavres qu’il dissimule dans son placard !
Un énorme choc sur le coin de la figure !
On parle de WATCHMEN, de DARK KNIGHT qui ont ouvert la voie des bandes dessinées noires et réalistes, mais on a tendance à oublier ce petit bijou, qui aborde des thèmes très adultes, avec un ton beaucoup plus noir et réaliste que les comics de cette époque. Je ne comprends pas pourquoi ce graphic novel est passé un peu aux oubliettes. Peut-être parce que son scénariste n’est pas franchement connu et que son dessinateur n’est pas le plus côté (pourtant, BARRETTO a pris en main les JEUNES TITANS et autres JLA, mais avec un style assez fluctuant…). Ces deux artistes nous livrent ici un travail absolument remarquable, le scénario pouvant faire un film et réussissant à faire du SUPERMAN sans le montrer une seule fois. Tout est construit, détaillé, il n’y a aucune faille, aucune erreur, aucun cliché. L’histoire parfaite, nous montrant comment faire du mal à CLARK KENT sans que SUPERMAN puisse intervenir, idée qui sera reprise maintes et maintes fois depuis. Voilà comment on peut faire une histoire absolument remarquable sur le super héros le plus boy scout du monde à l’époque et qui prouve bien qu’il suffit simplement d’une bonne histoire. Le portrait livré ici de LUTHOR est particulièrement terrifiant, et diaboliquement réussi.
BARRETTO, lui réussit à se mettre au diapason et à fournir une ambiance beaucoup plus glauque, sombre et réaliste qu’à l’accoutumée, prouvant qu’il peut élever son niveau graphique à la hauteur d’un GARCIA LOPEZ ou d’un PEREZ. Et dieu sait qu’au vu de ses prestations sur la série NEW TEEN TITANS, c’était loin d’être gagné ! C’est certainement son chef d’œuvre, en tout cas la bande dessinée dont il peut être le plus fier.
Un comic-book en tout point remarquable, qui séduit vingt ans après par son audace et la complexité des thèmes qu’elle aborde. Vous ne pouvez pas ne pas l’avoir dans votre bibliothèque !!!!!!

 

39.1989 SIGNAL TO NOISE, Dark Horse Comics (Neil Gaiman/Dave Mc Kean)

Un réalisateur va mourir. Alors qu’il ne lui reste que quelques jours, il décide de créer dans sa tête son film ultime, celui qu’il aurait toujours voulu réaliser sur l’apocalypse. Les deux histoires (sa fin personnelle et sa fin fantasmée) vont alors s’entremêler.
Désolé, je ne peux absolument pas faire mieux. C’est une histoire tout à fait impossible à résumer puisqu’elle est uniquement construite sur un personnage mourant qui crée des films dans sa tête.
Comment arriver à résumer autant de sentiments dans une critique alors que l’interaction constante entre les images et le texte est omniprésente, rendant certaines idées impossibles à décrire autrement que par des dessins.
Comment résumer ce bouquin ?
Comment vous donner envie ?
Simplement en vous disant qu’on ne peut pas rester indemne après la lecture de ce GRAPHIC NOVEL !
SIGNAL TO NOISE transcende toutes les qualités de Neil Gaiman, le scénariste dont le style d’écriture est certainement le plus fin et le plus abouti avec Alan Moore : des phrases qui font mouche, de la poésie à chaque coin de chapitre et surtout, une histoire glauque mais qui ne sombre pas dans la complaisance. Juste ce qu’il faut pour nous faire ressentir le désespoir et la fin qui s’approche.
Évidemment, force est de reconnaître que l’atout majeur de la bande dessinée reste le graphisme si changeant et absolument stupéfiant de MC KEAN, qui apporte une autre dimension à une histoire qui était déjà excellente. Ces deux auteurs ont trouvé le moyen de faire passer des émotions, uniquement des émotions pendant plus de 60 pages, nous livrant une histoire absolument touchante de réalisme. Certainement une des meilleures collaborations entre les deux hommes (avec à mon goût PUNCH et JUDY) qui a donné lieu à une publication aux éditions du Diable Vauvert sous le nom SIGNAL\BRUIT.
 

Titres écartés au profit de celui-ci:
THE TRAGICAL COMEDY OR COMICAL TRAGEDY OF MISTER PUNCH des mêmes auteurs pour une relecture assez effrayante de cette histoire classique.

40. 1990. DAREDEVIL #278-282, Marvel Comics (Ann Nocenti/john Romita jr/Al Williamson)

Là aussi, c’est difficile de résumer un run entier de trente épisodes avec simplement quelques numéros, sachant que, de plus, la grande majorité des sagas du run d’Ann Nocenti sur Daredevil sont tout bonnement exceptionnelles. Il faut dire que notre amie scénariste a des choses à dire : après avoir confronté Daredevil à la pollution, aux démons d’Inferno et au robot Ultron, la voici qui clôt son histoire avec cinq épisodes d’anthologie où Matt Murdock part en enfer et rencontre tout simplement… MEPHISTO, le vrai diable ! En fait, ce qui est véritablement novateur dans le Daredevil d’Ann Nocenti c’est qu’elle a tout simplement décidé de sortir notre héros de son cadre urbain pour lui présenter des menaces qu’il n’a pas l’habitude d’affronter ! Et elle emballe tout cela dans des récits où se mêlent politique, religion, discours sur la défense des animaux et sur le rôle de la femme.
C’est déjà exceptionnel au niveau de l’histoire, alors si en plus vous rajoutez des dessins sublimes de John Romita jr (il n’a à mon humble avis jamais rien fait de mieux depuis) encrés par Al Willimson, qui propose une version absolument novatrice de MEPHISTO, vous avez un run extraordinaire, qui se termine en apothéose avec cette histoire.
En effet, NOCENTI a dit à mon sens tout ce qu’elle avait à dire, aidée en cela par un JRJR qui a épuré son style au maximum au fur et à mesure des épisodes (peut-être trop diront certains).
Quelle audace pour un comics mainstream, NOCENTI et ROMITA se sont positionnés tout de suite dans une direction totalement opposée à celle prise par MILLER et ont fait évoluer notre héros de justicier urbain en représentant de l’espoir humain aux enfers ! Bien sûr que la venue du SILVER SURFER tombe comme un cheveu sur la soupe, mais franchement, je ne vois pas comment NOCENTI aurait pu s’en tirer autrement. Même si ce run n’a pas été décisif dans la carrière du justicier aveugle (on n’a plus jamais entendu parler de MEPHISTO ni de NUMERO 9 par exemple, et les auteurs suivants se sont très vite empressés de revenir aux racines Milleriennes du héros, grim and gritty oblige), on ne peut pas nier qu’il a été un tournant graphique majeur dans la carrière de JRJR qui a atteint le sommet de son art à cette période. Vraiment un grand plaisir, et je conseille à tout le monde de trouver ces épisodes en TPB (récemment il y a un EPIC COLLECTION)   sinon de remonter dans votre grenier avec les VERSIONS INTEGRALES SEMIC et de prendre plaisir à relire tout ça. Moi je me suis vraiment régalé.

 

 

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