Top 100 : Partie 6 (1995-1998)

51. 1995 ASTRO CITY #1-6 LIFE IN THE BIG CITY, Image Comics, DC Comics (Kurt Busiek / Brent Anderson)

 

Je ne sais pas si c’est mon arc préféré d’Astro City mais c’est certainement celui qui pose les bases de cet univers. Kurt Busiek, qui vient de se faire reconnaître dans le monde des comics avec le succès de la mini-série MARVELS avec Alex Ross, continue de surfer sur l’idée de voir les super-héros par le petit bout de la lorgnette, c’est-à-dire par les humains. Et il magnifie cette idée sur cette série, bien aidé par les designs d’Alex Ross et les dessins impeccables de Brent Anderson.
Busiek est un fan de comics de la première heure, capable de donner l’histoire de n’importe quel numéro de n’importe quel comics et il connaît parfaitement cet univers. Il va donc créer chez Image son propre univers, qui est un hommage à tous les héros de son enfance, le SAMARITAN qui est un clone de Superman, WINGED VICTORY qui est une sorte de Wonder Woman et ainsi de suite. Ce qui l’intéresse dans cette série, c’est de nous donner une autre version de la grande histoire et c’est exactement ce qui se passe dans ces six numéros indépendants mais pas tant que ça.
Car en dépit de ses nombreuses histoires solos, Busiek construit à long terme, certaines références revenant dix ou vingt épisodes plus tard. En fait, ce qui intéresse Busiek, c’est vraiment de construire son univers de manière non chronologique et par petites touches. De fait, il recompose totalement la découverte d’un univers partagé par un lecteur, mais dans un seul comics. C’est comme si on prenait la série maintenant et qu’on découvrait des arcs plus anciens, plus récents mais tout est parfaitement coordonné.
Astro City, c’est vraiment une série parfaite quand on a un peu de connaissances sur le medium. Après, le lecteur lambda pourra aussi y trouver de bonnes histoires, souvent bien tournées et bien construites, mais il manquera un petit quelque chose. Quelques mots sur les dessins de Brent Anderson, qui sans être totalement exceptionnels, livre une prestation sur la longueur et tout à fait correcte, sans faute !

 

Titres écartés au profit de celui-ci :
– MARVELS par Busiek et Ross qui est une excellente mini-série qui met l’accent sur les humains !


52. 1995 DRUID #1-4, Marvel Comics (Warren Ellis/Leonardo Manco)

Après l’échec de la série HELLSTORM (arrêt au numéro 21 en dépit d’un succès critique); la direction de MARVEL va demander à la rédactrice MARIE JAVINS de plancher sur un comics mensuel qui continuerait à explorer les personnages mystiques de son univers.
Elle va donc proposer aux deux auteurs WARREN ELLIS et LEONARDO MANCO qui en avaient réalisé les derniers épisodes,  de lancer un comics mensuel reprenant les mêmes thèmes que leur précédente production, à savoir un héros  « mystique » oublié remis au goût du jour et orienter la série vers de l’horreur pure et du fantastique à défaut de faire du super héros.
Nous sommes en 1995 : WARREN ELLIS, qui a le vent en poupe chez MARVEL (on vient de lui confier la série EXCALIBUR) décide donc de remettre le DOCTOR DRUID sur le devant de la scène. Après accord de la rédaction, ELLIS et MANCO se retrouvent donc pour ce magazine mensuel qui ne durera que ….quatre numéros……A la différence des autres séries peuplées de personnages griffus et méchants, la série DRUID va développer son côté horreur gore, allant assez loin dans les descriptions visuelles (pas de sceau du COMICS CODE d’ailleurs) ; LEONARDO MANCO s’en donnant  à cœur joie dans les scènes trash et gluantes. On précisera aussi que cette série fait partie de la ligne MARVEL EDGE , composée de magazines censés être beaucoup plus sombres et violents que la moyenne, avec des héros très noirs et des récits plus matures (DAREDEVIL, GHOST RIDER , PUNISHER, HULK par DAVID et SHARP). Peu de ces histoires ont néanmoins atteint le niveau d’horreur proposé par DRUID ! Il faut dire que toutes n’avaient pas LEONARDO MANCO comme dessinateur et WARREN ELLIS comme scénariste.
L’histoire est assez simple, Dr DRUID est un personnage secondaire qui a très mal tourné, pour beaucoup il est juste une fumisterie. Au bord du gouffre, le docteur décide de franchir un cap, de passer outre ses hésitations et ses peurs afin d’assumer pleinement son héritage celte et devenir le dernier DRUIDE sur Terre, disposant des ressources et des expériences de tous les autres druides ayant déjà existé. Son lien étroit avec la planète et ses prédécesseurs font bien évidemment penser au DOCTEUR d’AUTHORITY, que WARREN ELLIS créera plus tard pour la firme WILDSTORM !

Implorant ses dieux, il va alors se transformer et sa métamorphose est assez effrayante : implorant les divinités celtiques sous son chêne sacré à l’intérieur même de son appartement, LUDGATE expulse en une seconde toute sa graisse et son corps se tord et se modifie jusqu’à prendre la forme d’un personnage sombre et inquiétant une créature sombre et inquiétante, à l’instar des personnages très populaires de cette décennie chez MARVEL et IMAGE (le fameux style  » GRIM and GRITTY  » ).
Nous ne nous trouvons absolument pas dans une série MARVEL classique et les deux auteurs vont pousser le bouchon très très loin pour du Marvel. Afin d’éviter l’écueil du personnage trop puissant (et par définition difficile à mettre en  danger) et de préserver le suspense, ELLIS insère un talon d’Achille dans l’omnipotence de son personnage : ce dernier est en effet victime d’une malédiction appelée GEIS ; un interdit qu’il ne doit pas braver sous peine de déchaîner la colère des divinités Celtiques qui l’ont investi. Afin de pimenter l’histoire, DRUID n’a aucune idée de ce dont il s’agit, le GEIS n’étant pas révélé au druide concerné. Cette très bonne idée va aussi permettre  à  ELLIS (comme on va malheureusement pouvoir s’en rendre compte plus tard)  de conclure en un minimum de temps son histoire, puisque le lecteur ne sait pas non plus quelle est l’interdit qui frappe le héros ! Le scénariste peut donc tout se permettre. Il faut aussi à la série DRUID une trame de base, et pour cela ELLIS retourne aux origines du personnage tel qu’il a été défini par LEE et KIRBY : LUDGATE va devenir un enquêteur de l’occulte, spécialisé dans les affaires magiques et venant à l’aide de tous ceux qui auront besoin de ses conseils. C’est encore bien vu, puisque dans la tradition celte, c’est effectivement le rôle d’un druide que d’aider les autres. ELLIS va aussi très rapidement (début de l’épisode 2) installer un suspense constant dans sa série en faisant apparaître aux yeux du héros une vision de mort : une jeune femme en train de laver ses vêtements tâchés de sang dans une rivière (référence à une vieille légende, THE WASHER WOMAN AT THE FORD), qui lui fait comprendre que sa mort est non seulement inévitable, mais aussi très proche. Je ne pense pas  qu’ELLIS avait prévu que cette vision se réaliserait dès le #4. Certaines planches sont répugnantes à souhait et on comprend aisément que MARVEL ait décidé d’arrêter là cette série, le ton de l’ouvrage ne correspondant pas, au vu des ventes du titre, à ce qu’attendaient les lecteurs gavés de ROB LIEFELD et autres JIM LEE.
La rédactrice MARIE JAVINS va donc devoir annoncer la mort dans l’âme à ELLIS et MANCO la requalification de DRUID en mini série de quatre épisodes.  On comprend la rage du scénariste qui s’était énormément investi dans le projet et qui allait même proposer des essais sur le druidisme dans le courrier des lecteurs .Sa frustration, se lit d’ailleurs dans  le titre de son dernier épisode : SICK OF IT ALL ! (MARRE DE TOUT CA ! )
Il lui faut donc conclure tout ce qu’il avait commencé à assembler en vingt-quatre pages seulement, et il va décider d’employer la manière forte en pulvérisant tout sur son passage. C’est en effet DAIMON HELLSTORM qui réduit le corps de DRUID en poussière et le met littéralement à la poubelle !
Pour résumer, DRUID partait sur d’excellentes bases et on sentait WARREN ELLIS très impliqué dans ses histoires et la mythologie druidique. En dépit d’un côté peut être un peu trop gore et provocateur, les thèmes développés sont excellents et la maestria de LEONARDO MANCO, avec un style très griffonné et beaucoup moins clair qu’à l’accoutumée explose à chaque page. LEONARDO MANCO restera dans le giron MARVEL mais n’aura pas beaucoup de chance non plus puisqu’il signera les parties graphiques de WEREWOLF BY NIGHT (arrêt au sixième épisode avec PAUL JENKINS au scénario) et du regretté DEATHLOCK avec JOE CASEY (arrêt au neuvième épisode). Entre temps, il signera un one-shot avec PETER MILLIGAN ARCHANGEL, PHANTOM WINGS et finira son travail MARVEL par un annual AVENGERS dans les années 2000.
WARREN ELLIS quant à lui a rapidement compris qu’il ne pourrait pas réussir chez MARVEL en livrant des histoires provocantes, il se contentera donc de ressusciter le titre THOR devenu moribond avec MIKE DEODATO pour quelques épisodes et de raconter les aventures du groupe mutant EXCALIBUR. Il créera ensuite le personnage de SPIDER JERUSALEM chez VERTIGO et AUTHORITY chez IMAGE dont certaines prémices peuvent se retrouver dans DRUID ! Je ne m’attarde pas plus sur la carrière de ce scénariste d’exception, mais il est quand même intéressant de découvrir cette série qui est l’un de ses premiers travaux pour la maison des idées.

 

Titres écartés au profit de celui-ci:
– HELLSTORM, PRINCE OF LIES par la même équipe et avec Peter Gross
– LUCIFER, par Mike Carey et Peter Gross, qui nous raconte les aventures du prince de l’enfer descendu sur terre, une très bonne série

53. 1995 JOKER : DEVIL’S ADVOCATE (Dixon/Nolan/Hanna)

Alors oui, traitez moi de vieux nostalgique mais à mon sens, personne n’a réussi à faire du Joker un personnage aussi terrifiant depuis. C’est pour moi le one-shot qui définit le mieux le personnage, ce clown psychopathe qui n’a pas besoin d’avoir le visage défiguré, arraché ou des tatouages pour être effrayant. L’histoire est très simple : le Joker est condamné à mort pour quelque chose qu’il n’a pas commis. Et le seul qui peut l’innocenter c’est Batman.
On pourra dire ce que l’on veut, Chuck Dixon et Graham Nolan sont deux bons faiseurs de comics, ils ne seront jamais des superstars et ce sont des auteurs en voie de disparition (soyons lucides, quel scénariste est désormais capable de rester, plus de cinquante épisodes sur une série et quel dessinateur est capable de produire au minimum dix comics par an), c’est-à-dire le genre d’artistes capables de tenir la baraque, d’assurer les délais et de faire du lien sur la longueur avec un univers cohérent, bref, développer tranquillement des personnages. Et ce sont certainement ceux qui les connaissent le mieux.
Ce one-shot nous propose aussi l’une des scènes les plus impressionnantes de toute l’histoire de Batman : le Joker se cogne la tête sur une table, juste pour arriver à ses fins. Voilà ! Pas besoin d’en faire plus, c’est certainement la scène qui installe le mieux la personnalité du Joker pré-2000 et le retour du glauque pour le cool.
C’est surtout pour cette scène que j’ai choisi de mettre ce comics, qui correspond aussi à ce que j’attends dans mes lectures, des histoires bien troussées, des dessins corrects et surtout une volonté de livrer une histoire sans artifice et de toucher juste. Ce DEVIL’S ADVOCATE est certainement ce qu’on fait de mieux sur le Joker, le vrai et quand on y réfléchit un peu, je trouve quand même assez regrettable de voir ce qu’il est devenu depuis, comme si la plupart des auteurs du moment avaient renié cet aspect, fondamental, du personnage : derrière un aspect ridicule et comique, c’est un psychopathe et c’est cette distinction qui rend le personnage encore plus terrifiant. Le Joker de Moore et Bolland ressemblait à une crevette, il ne s’était pas arraché le visage pour se le reclouer histoire de montrer qu’il est méchant ! C’est la distinction entre son apparence et ses actes qui le font passer du cadre d’un méchant à un gars terrifiant, pas la peine d’entrer dans une surenchère gore et glauque, il suffit juste de bien l’écrire, ce qui est le cas ici !
 

54. 1996 Sera n°5 dans mon TOP 10

55. 1996. KINGDOM COME (Mark Waid/Alex Ross), DC Comics
 

KINGDOM COME est une excellente histoire. Elle nous raconte les dérives des super héros du futur, devenus de plus en plus déshumanisées et qui ne pensent qu’à leur propre carrière. Les auteurs vont donc opposer à ses personnages le meilleur d’entre tous les héros, à savoir SUPERMAN !
KINGDOM COME, au-delà du fait de proposer une intrigue tout à fait conséquente aborde un thème tout à fait cher au cœur d’ALEX ROSS et de MARK WAID, c’est à dire le retour au concept du héros. Marre de tous ces héros « gris », ils sont là pour faire le bien et les deux auteurs le revendiquent haut et fort ! Ils en ont assez de tous ces nouveaux super héros super violents et c’est donc carrément un retour aux icones que proposent ROSS et WAID , et c’est superbement fait. En effet, les dessins iconiques d’ALEX ROSS se prêtent magnifiquement à ce genre d’état d’esprit : son SUPERMAN est majestueux, rétro, c’est l’Amérique et c’est tout ! Ne nous leurrons pas : plus qu’une histoire de héros située dans un futur alternatif, c’est avant tout une histoire de SUPERMAN que nous offrent là les deux auteurs.
Cela permet de laisser ROSS, qui est aussi un homme de concept et de design, de faire joujou avec la plupart des personnages DC, on pourra ainsi apercevoir les enfants de ROBIN et STARFIRE, de RA’S AL GHUL etc…. Pas de WALLY WEST, pas de KYLE RAYNER, c’est BARRY ALLEN et HAL JORDAN qui portent le manteau de FLASH et GREEN LANTERN, les vrais car seul l’aspect iconique compte ici.
Alors c’est sûr que comparé à certains récits actuels, qui se plaisent à déconstruire la naïveté des super-héros et leur côté boy-scout, KINGDOM COME en tant que réflexion sur le super héros peut sembler vieillot et désuet, trop premier degré mais je trouve quand même que c’est une brillante idée, orchestrée de manière tout à fait originale et détaillée. Et puis, ce n’est pas comme si le côté premier degré n’était pas totalement assumé ; WAID est bien trop malin pour ça, et on peut lui faire confiance.
Graphiquement, que dire si ce n’est que ALEX ROSS a quand même ouvert une brèche dans l’industrie des comics en proposant des personnages et des planches tellement réalistes que beaucoup s’en sont inspirés depuis pour des films ou des publicités. Les scènes de l’arrivée de SUPERMAN ou de CAPTAIN MARVEL restent dans toutes les mémoires (DALE EAGLESHAM les a d’ailleurs réutilisées dans la JSA) et le succès commercial et critique de cette série est tout à fait mérité.
De plus, KINGDOM COME est passé d’un statut d’ELSEWORLD (ce qu’il était censé être à la base) à un statut de futur possible de l’univers DC depuis quelques temps, on revoit le personnage de SUPERMAN dans un des derniers arcs de la JLA par exemple.
Je l’ai relu il n’y a pas si longtemps et j’y ai pris toujours autant de plaisir !
C’était quand même finalement assez osé de sortir une histoire pareille, qui assume totalement le côté chevalier blanc des super héros à l’époque des WOLVERINE et d’autres séries cyniques et désabusées. Un joli complément qui pose déjà les bases d’un retour du super héros en tant que chevalier blanc.

 

56. 1997 TRANSMETROPOLITAN #13-18 (Warren Ellis/Darick Robertson), DC Comics
 

Retour du scénariste Warren Ellis, qui après s’être gravement embrouillé avec Marvel suite à l’arrêt de ses deux séries horrifiques, passe chez Helix (une ligne SF de DC Comics) puis Vertigo pour livrer certainement sa meilleure série sur le long terme.
WARREN ELLIS a plusieurs particularités, en effet il essaye toujours (et peut être de plus en plus) de donner une base technologique à ses histoires, essayant de mettre en place une sorte de modernité qui n’existait peut être pas beaucoup avant , c’est aussi un auteur qui décompresse beaucoup, surtout quand il fait des choses un peu moins personnelles pour les grandes compagnies, comme par exemple ses séries MARVEL (NEW UNIVERSAL ou THUNDERBOLTS où je ne le trouve pas très impliqué, je ne parle même pas de AVATAR mais il faut reconnaitre que depuis un an ou deux, son retour chez IMAGE est excellent ).
Et pourtant, quand quelque chose lui tient à cœur, il peut livrer des bandes dessinées d’anthologie, comme par exemple ce TRANSMETROPOLITAN, qui a le mérite d’être sa série la plus longue (60 numéros d’affilée) et dans lequel, à mon sens, il s’est le plus investi.
Il faut dire que ce personnage de SPIDER JERUSALEM lui ressemble tellement.
Nous nous trouvons dans un futur proche. SPIDER JERUSALEM est un journaliste cynique, drogué et désabusé, un hommage futuriste à Hunter Thompson et au journalisme « gonzo » ultra-arbitraire. Il s’est retiré dans l’isolement le plus total loin de la ville (une BABYLONE futuriste où tout est poussé à l’extrême) après l’élection du nouveau président que SPIDER avait combattu dans ses éditos. Malheureusement lié par un contrat implacable, SPIDER J se voit obligé de retourner dans cette mégalopole en perdition et de faire à nouveau des articles. Comme il ne peut pas s’en empêcher, il va alors dénoncer la corruption et la bassesse de toute cette société du futur, qu’il déteste et qui le lui rend bien.
TRANSMETROPOLITAN est une grande réussite tout du long de ses soixante numéros (bon, on excusera une légère baisse de régime autour du numéro 30-40 ) car quasiment tout repose sur son personnage, SPIDER J, qu’on pourrait penser complètement déshumanisé. Et pourtant, au fil des épisodes, on se rend compte que le journaliste est bien sur autre chose que la caricature qu’il donne de lui, il est profond, sensible, et il lui arrive même parfois d’être raffiné.
La série ne tient quasiment que sur ce personnage, et c’est assez fort de durer aussi longtemps avec ce seul concept, mais ELLIS relance souvent en utilisant des principes pas très originaux certes (la maladie de SPIDER J) mais tout à fait cohérents.
Alors évidemment TRANSMETROPOLITAN est une série qui dénonce les travers de notre société de consommation totale et peut être que dans cette période ou les humains n’existent carrément plus (ils sont tous devenus des veaux consommateurs et assistés, incapables de réfléchir par eux-mêmes) , SPIDER J, tout original et décalé qu’il soit, apporte la bonne parole. On pourrait croire ça assez convenu et original mais même pas, il est trop jusqu’au-boutiste pour accepter ce rôle, c’est un accélérateur de mouvement, le petit grain de sable dans la machine qui va passer la totalité de ses épisodes à combattre un système bien trop grand pour lui avec toujours ce doigt tendu bien haut à la face des dirigeants.
C’est bien vu de la part de ce scénariste, qui utilise en plus le fait que l’action se déroule dans le futur pour sortir ses concepts scientifiques un peu tordus dont il a le secret.
Mais TRANSMETROPOLITAN doit aussi une grande partie de sa réussite à DARICK ROBERTSON le dessinateur au départ un peu à contre-emploi (on rappelle qu’il sortait de plusieurs fill-ins chez MARVEL dont notamment la série CABLE ou la SAGA DU CLONE) et qui s’éclate comme un petit fou à faire tout ce qu’on lui avait interdit de faire jusqu’à présent. ROBERTSON rajoute des tonnes de détails, de petites choses qui finissent par donner une grande cohérence à l’univers d’ELLIS, parfois, il pousse un peu trop dans la provoc, mais c’est assez rare et ça ne me choque pas. C’était exactement le dessinateur qu’il fallait pour cette série.
Encore une fois, c’est difficile de choisir un arc spécifique mais je pense que ce YEAR OF THE BASTARD se trouve être un résumé parfait de cette saga. C’est en effet le moment que l’on attend tous, celui où après avoir repris la température de la ville, il se remet dans le bain de la politique, avec une couverture sur la future élection présidentielle. C’est aussi dans cet arc que l’on nous introduit une de ses nouvelles assistantes, HELENA, la fille de son directeur. A mon sens, c’est vraiment sur ces épisodes que Warren Ellis prend en main son histoire et son personnage.

 

 

57.1998. BATMAN : NO MAN’S LAND, DC Comics (Bob Gale/Alex Maleev) (Batman : No Man’s Land #1, Shadow of the Bat #83, Batman #563, Detective Comics #730)
 

Alors Batman No Man’s Land rentre dans la catégorie des MEGA CROSSOVERS dans la mesure où il a concerné 4 séries mensuelles et des dizaines de titres satellites durant au moins un an, ça fait facile une cinquantaine de numéros (est-ce que ce ne serait-pas le plus gros crossover avant les années 2000?). A la suite d’un tremblement de terre et d’une épidémie, GOTHAM CITY est déclarée NO MAN’S LAND, c’est-à-dire que plus personne ne peut y entrer ni en sortir et qu’il n’y a plus de lois !
La plupart des méchants échappés d’Arkham se sont organisés en gangs et se sont partagé tous les quartiers de la ville.
Il ne reste que les quelques braves de la police de Gotham pour essayer de protéger la population et de faire régner un semblant d’ordre. Car en effet, Batman a disparu, laissant les survivants et ceux qui sont restés dans le désarroi le plus profond.
Car après s’être fait débouter par la justice, Bruce Wayne l’a eu un peu mauvaise et il lui a fallu du temps non seulement pour digérer la nouvelle mais aussi pour s’organiser.
Ces quatre épisodes forment le début de l’histoire et il faut reconnaître qu’ils sont une réussite en tous points.
L’histoire est impeccable, pose tous les tenants et les aboutissants de ce nouveau statuquo et développe plein de personnages secondaires.
Une histoire impeccable, dense et extraordinairement bien conçue jusque dans ses moindres détails ! Tout est pensé, réfléchi et on est tout de suite captivé par cette ambiance de fin du monde. GALE met en place des intrigues haletantes : qui est cette nouvelle BATGIRL, la connaît-on, est ce BARBARA GORDON, une inconnue ou quelqu’un d’autre (la femme de GORDON, qui a toujours été pro batman ??????).On a aussi L’affrontement entre les idéaux de GORDON et ceux de PETIT (un de ses lieutenants) et le fait que le premier doit obligatoirement franchir certaines limites pour arriver à ses fins.
On voit bien les épisodes à venir, BATMAN va reprendre la ville petit à petit… Et voilà un crossover de plus d’une cinquantaine de numéro défini intégralement par le premier arc en quatre partie, tout y est, tout est clair et présenté impeccablement, il ne reste plus qu’à lire la suite. Un petit mot sur les dessins, c’est ALEX MALEEV encré par WAYNE FAUCHER (qui n’est pas vraiment l’encreur à priori le plus adapté au style de MALEEV), et bizarrement, l’encrage du dernier atténue la noirceur du deuxième pour donner des dessins très efficaces, extrêmement denses (au moins vingt idées par planche) et dont le style rappelle franchement celui d’un croisement entre Michael Lark et Mike Mignola.
Cette histoire est vraiment importante car elle intègre beaucoup d’éléments et que ce crossover fait à mon sens partie d’un des crossovers les plus réussis toutes compagnies confondues. On y trouve des histoires formidables, des petites pépites, des évènements importants et c’est aussi le passage de témoin entre l’ancienne génération des scénaristes de Batman (Doug Moench, Chuck Dixon) et les nouveaux (Greg Rucka, Ed Brubaker).

 
58. BLACK PANTHER #1-5, Marvel Comics (Christopher Priest/Mark Teixeira-Vince Evans)
 

Encore une fois, je vais parler du tout premier arc parce qu’il est essential dans la construction de ce personnage et de la direction de la série, même si j’ai des souvenirs réguliers et essentiels de ce run qui dure près d’une soixantaine de numéros.
Alors que Marvel relance certaines séries sous le label Marvel Knight, on propose à Christopher Priest (bien connu pour son comics parodique Quantum et Woody et son travail sur Spider-Man) de s’occuper de Black Panther, une série qui n’existe plus depuis de nombreuses années et dont le personnage est un peu tombé dans l’oubli.
Priest ne se fait pas prier ( oui, je sais…) et accepte, même s’il est contrarié par le fait qu’on lui propose un héros noir (il ne voulait pas se retrouvé cantonné à ce genre de séries, lui-même étant noir). Et il va renouer avec certains aspects du run de Don Mc Gregor en remettant au centre de l’intrigue le Wakanda et sa politique. Il fait de T’Challa un monarque beaucoup plus qu’un super-héros et introduit Everett K. Ross, une liaison gouvernementale qui sert non seulement de référent comique, mais qui en plus est notre point de vue dans cette intrigue politique et mystique puisque le premier adversaire de notre prince est tout simplement Mephisto.
De fait, Christopher Priest nous livre un travail tout à fait fantastique, sans grande surprise si l’on connaît déjà Quantum and Woody mais insiste moins sur le côté parodique. Il s’approprie de fait nettement plus le personnage et nous livre, sur la longueur, une histoire passionnante, complexe, drôle et très bien écrite, avec des protagonistes qui sont véritablement bien définis. En fait, le ton est nettement plus adulte, on ne prend pas les lecteurs pour des imbéciales avec une structure narrative complexe et ultra-référencée. Bref, des épisodes qu’on ne peut pas lire vite fait et qui demandent un peu plus que 1% de notre cerveau disponible. La guerre entre Atlantis et le Wakanda (autour de l’épisode #30) est un véritable bijou, surtout quand on le compare au très médiocre AVX ! Aux dessins, c’est Mark Texeira qui livre une prestation tout à fait correcte, elle aussi tout à fait habituelle par rapport à ses précédents travaux. C’est un peu dommage car l’essentiel du run est dessiné par Sal Velluto, dessinateur un peu oublié qui livre des planches vraiment très solides et particulièrement bien travaillées.
Un run d’excellence, même si Priest se perd un petit peu vers le cinquantième numéro.

 

Titres écartés au profit de celui-ci:
– Quantum and Woody vol 1 (Priest/Bright), Valiant
– Quantum and Woody vol 2 (James Asmus) qui est exceptionnellement brillant et que je conseille vivement, c’est du véritable humour parodique actuel.

59.1995 CASSIDY : BLOOD AND WHISKEY, DC Comics (Ennis / Dillon)

Je viens de me rendre compte que souvent, j’ai tendance à choisir les premiers TPB de séries cultes, mais peut-être parce que ce sont les numéros que j’ai le plus relus et que j’ai un peu de mal à me rappeler précisément les histoires, même si certaines m’ont marqué plus que d’autres. Dans le cas de Preacher, j’ai failli prendre Gone To Texas (le premier arc de la série régulière) mais en réfléchissant parmi tous les évènements marquants de cette série, j’ai finalement opté pour ce one-shot, une annexe au titre régulier, parce qu’il synthétise à mon sens un aspect profond de cette série : se démarquer totalement de la production Vertigo de l’époque, très centrée sur la magie. Garth Ennis, c’est le cousin sale qui boit et qui jure dans la réunion de famille, celui qui fera tout le contraire de ce qu’on attend de lui, bref, le mouton noir. Et c’est exactement ce qu’il fait en proposant un récit très ancré dans l’Amérique profonde (alors que c’est un scénariste Britannique) et provocateur, totalement en opposition avec les textes racés de Gaiman ou les récits très Anglais de Morrison, de Delano ou de Milligan.
Dans ce one-shot, Garth Ennis met Cassidy, le vampire Irlandais qui boit face à des pseudo-goths de la nouvelle Orléans qui ont lu trop de romans d’Ann Rice et se baptisent eux-mêmes « les enfants du sang ». On est bien évidemment dans la parodie, dans la moquerie puisqu’un personnage du groupe ressemble trait pour trait à… Neil Gaiman, utilisant même la police de caractère de Sandman et que la fin est un énorme pied de nez à tout ce style.
Mais ce serait un petit peu trop réducteur car, quand il le veut (et il le fait de moins en moins), Ennis est un sacré scénariste, capable de faire passer énormément d’émotion et de sensibilité. Ce n’est pas ce que l’on remarque au premier abord, effectivement, mais il suffit de lire certains de ses épisodes de HITMAN pour s’en rendre compte. Et on le voit un peu ici, avec un récit qui prend une tournure parfois un peu sombre et rugueuse, bien loin de la farce.
Pour moi, c’est un excellent récit, mais il n’est que la face visible de l’ICEBERG puisque c’est toute la série PREACHER qu’il faut lire.
Parlons aussi des dessins de Steve Dillon, qui à mon sens n’a plus jamais fait aussi bien depuis. Il dessine tous les épisodes de la série ainsi que la plupart des one-shot auxiliaires. En effet, c’est l’un des seuls qui peut proposer du gore, du cracra mais aussi de la comédie dans le même dessin. C’est un sacré tour de force!

Titres écartés au profit de celui-ci :
HITMAN : quand Garth Ennis pousse petit à petit les codes du comics mainstream en créant un personnage hyper attachant (Tommy Monaghan) et bien plus respectueux des super-héros que l’on croit.

60. 1998 CHASE TPB, DC Comics (D. Curtis Johnson/JH Williams III – Eric Canete- Yannick Paquette-Bob Hall-Charlie Adlard)

Pour tout vous dire, il s’agit d’une de mes séries préférées de tous les temps, certainement parce que c’est la première série que j’ai découvert en VO au numéro 1 et que je pensais avoir trouvé un dessinateur pas connu mais qui allait devenir une star: JH Williams III. Donc oui, il y a un peu de nostalgie, mais voir DC faire une compilation non seulement des 10 épisodes de la série, plus un épisode de Batman où Chase apparaît pour la première fois, plus toutes les apparitions de l’héroïne dans les différents Sceret Files and Origins, donc un gros pavé de plus de trois cent cinquante pages pour 29.99 , je n’allais pas me priver, mes singles tombant un peu en miettes.
C’est simple, même en essayant de faire abstraction de la nostalgie et en essayant d’avoir une vision un peu plus distante de la chose, ces épisodes de CHASE constituent quand même une excellente série, avec un personnage de femme forte qui va certainement inspirer beaucoup de scénaristes par la suite. CAMERON CHASE est un agent du DEO (Departement of Extranormal Opérations), un organisme chargé de s’occuper de surveiller les métahumains et de régler les problèmes inhérents aux affrontements entre ces derniers et des menaces extérieures.
Les idées sont partout dans ce comics, j’ai rarement vu un univers aussi développé , ce que font Johnson et Williams III sur le DEO, sur les parents de Chase, sur ses relations avec sa sœur, son petit ami est juste époustouflant ! Ils arrivent à nous donner non seulement une héroïne tout à fait crédible, pas bombasse, qui fume, qui jure un peu, bref, une véritable bad girl qui n’a pas besoin de montrer ses nichons pour prendre le pouvoir. Evidemment, le personnage de Cameron Chase, son allergie aux super héros, sa voiture pourrie sont des éléments qui fonctionnent instantanément. Le meilleur, c’est que vraisemblablement, les deux auteurs avaient des plans à très long terme pour la jeune fille, distillant au fur et à mesure des informations qui étaient censées revenir.
Si on devait compare Chase avec un comics de l’époque, je vais sans hésiter le relier à Starman, pour sa description pointue du personnage principal, son univers riche et nouveau, mais aussi cette idée de faire dessiner à des guests (et pas des moindres, puisqu’il y a Bob hall et Charlie Adlard) des épisodes qui se situent dans le passé du personnage et qui nous en apprennent un peu plus.
Les personnages principaux ne sont peut être pas totalement développés, mais je pense que c’est plus dû à l’arrêt brutal de la série qu’à autre chose.
Car contrairement à Starman, Chase va s’arrêter après dix numéros, et on n’aura donc jamais d’exploitation de l’univers crée par les deux auteurs. Alors il y a une fin, disons que cela ne se termine pas un queue de poisson, mais c’est vraiment du gâchis de voir l’arrêt d’une série avec un tel potentiel et un tel niveau d’écriture. Car une chose est sûre, c’est que D.Curtis Johnson est très bon, très à l’aise avec non seulement ses idées, mais ses dialogues et sa manière d’écrire. Je ne sais pas ce qu’il est devenu, mais c’était un très bon.
Un autre très bon, c’est bien évidemment JH Williams III qui déjà, commence à expérimenter les manières de raconter une histoire dès son deuxième numéro. Sa maestria explose littéralement au tout dernier épisode, situé dans le futur et où l’on croit voir des prémices de ce qu’il va faire dans Promethea, avec une première version de TEXT.ure.
C’est un vrai bonheur de découvrir ou de redécouvrir ses planches , on assiste vraiment à l’éclosion d’un grand artiste.
Alors oui, parfois il y a quelques petites faiblesses (le storytelling de Williams III est encore parfois hésitant, Curtis Johnson commet lui aussi quelques lourdeurs) mais c’est vraiment chercher la petite bête

 

 

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