Modern life makes me feel so alone : PROMETHEA

PROMETHEA

(Alan Moore / J.H. Williams III / Mick Grey / Jeromy Cox, José Villarubia/ Todd Klein )

J’ai une relation bizarre avec PROMETHEA.
Je devais être le seul lecteur à l’époque à acheter le titre en single plus pour J.H. Williams III (que je suivais depuis CHASE et son TANGENT) que pour Alan Moore.
PROMETHEA est l’un des titres phares de la collection ABC (America’s best comics), une ligne de la maison d’édition WILDSTORM, confiée aux bons soins du génial Alan Moore, qui faisait son grand retour dans l’industrie du comics avec pas moins de trois séries régulières (PROMETHEA, TOP TEN, TOM STRONG) , une mini série (LEAGUE OF EXTRAORDINARY GENTLEMEN ) et une anthologie (TOMORROW STORIES). Le bue de la ligne ABC était très simple : redéfinir les comics pour le siècle à venir, ni plus ni moins !
Un petit peu à l’image de son travail sur SUPREME, Alan Moore va donc offrir aux lecteurs des personnages comme TOM STRONG, GREYSHIRT et , dans le cas qui nous intéresse, PROMETHEA !
Les premiers numéros m’avaient complètement ravis, impressionné par le travail de Moore et de Williams, je me faisais un plaisir de lire les aventures de notre science-héroine tous les mois (ou tous les deux mois plutôt). Pourtant, à un moment, j’ai craqué. Autour des numéros 13/14, le titre a commencé à me passer au dessus de la tête, Moore orientant son récit vers une description de la magie via les symboles de la kabbale qui m’a totalement perturbé. Au bout d’un moment (où les titres mensuels de PROMETHEA s’entassaient sur mon armoire sans être lus) j’ai décidé de l’arrêter, la fréquence de parution étant en plus devenue de plus en plus erratique.
Deux ou trois ans plus tard, je m’étais dit que c’était bête, et j’ai commencé à rechercher les back issues de PROMETHEA pour tout compléter jusqu’au numéro 25 (la série était encore en cours de parution, autour du numéro 29/30).
Je reprends donc ma relecture des numéros, et même problème, j’ai craqué au bout d’une vingtaine de numéros cette fois ci. La kabbale a eu raison de moi une fois de plus !
Exit encore une fois PROMETHEA qui est restée sur le coin de mon, étagère, tout là-bas, bien au fond !
Il y a un ou deux mois, je me suis rendu compte que le dernier TPB de PROMETHEA, le volume 5 reprenait exactement tous les épisodes qui me manquaient jusqu’à la fin. Je décidai donc de l’acheter en me disant qu’à l’occasion…..
L’occasion est arrivée sous la forme de surveillances de bac.
Plus de vingt cinq heures à surveiller des gamins qui sont un par table et 15 par classe, la plupart du temps sur de longues périodes de quatre heures. Autant vous dire qu’on s’ennuie beaucoup et qu’il me fallait « de la réserve ». Je me suis dit que c’était le moment idéal pour redonner une chance à ce titre. Après tout, il m’avait bien fallu plus d’un an et quatre ou cinq essais pour dépasser les trente premières pages de FROM HELL, et qui est devenue l’une des meilleures lectures de ma vie !
Pourtant, je ne suis pas parti avec un à priori positif vis à vis de Alan Moore.
J’ose l’affirmer tout haut, je ne suis pas arrivé à terminer le LEAGUE OF EXTRAORDINARY GENTLEMEN : BLACK DOSSIER, j’ai explosé en vol, anéanti par trop de références au dessus de ma simple compréhension de lecteur de base. A mon sens, Alan Moore s’est raté sur cette bande dessinée, car il n’a pas su la rendre lisible pour tous et pour ceux qui n’étaient pas aussi cultivés que lui, ce qui est largement mon cas. Peut être dans un an ou deux…..
J’avais toutes les raisons de craindre donc PROMETHEA, qui me semblait plus être une sorte d’essai sur la magie et les symboles cabalistiques qu’autre chose.
J’avais bien tort.
PROMETHEA nous raconte l’histoire d’une super héroïne, personnification de l’imagination qui à l’habitude de prendre possession du corps des auteurs qui écrivent sur elle (un poète du siècle dernier, une illustratrice de romans, un créateur de comic books. ). Cette fois ci, nous sommes en 1999 sur une terre qui est bien différentes de la notre, elle prend possession du corps de la jeune SOPHIE BANGS, une étudiante qui faisait des recherches sur PROMETHEA et ses apparitions dans les différents médiums. A chaque fois que SOPHIE écrit un poème sur elle, PROMETHEA apparaît pour combattre les démons et le mal. SOPHIE entre en relation avec BARBARA SHELLEY, la dernière incarnation en date de PROMETHEA, qui lui raconte toute l’histoire des PROMETHEA, comment elle a possédé le corps des différents artistes depuis plus de 100 ans.

Voilà en gros un résumé tout à fait incomplet des deux ou trois premiers épisodes. Evidemment, au départ , on pense tout de suite à un hommage aux héroïnes des années 40/50 , et peut être encore plus à WONDER WOMAN. On se trompe bien évidemment.

PROMETHEA peut être divisée en gros en trois parties : une première partie (#1 à #11) où SOPHIE découvre ses pouvoirs ; les histoires des PROMETHEA qui l’ont précédée et va mettre à mal une société secrète qui veut sa mort; une deuxième où elle va découvrir l’histoire de la magie via les tarots, les planètes de la kaballe et tous les symboles mystiques cachés dans le langage puis revenir sur Terre pour affronter la PROMETHEA qui l’a remplacée lors de son odyssée dans les arcanes magiques (#12 à #25) et enfin une troisième partie qui se déroule trois ans plus tard et qui nous raconte comment PROMETHEA va déclencher la fin du monde. (#26 à #31, contenu dans le dernier TPB). On peut mettre à part le numéro #32, le dernier de la série, que je détaillerai un peu plus tard.

La première partie est tout à fait géniale !
Moore nous introduit une planète Terre largement différente de la nôtre, avec un maire aux multiples personnalités, où la ville de NEW YORK est submergée par la technologie et les informations via une chaîne d’informations continue appelée TEXTURE. On pense peut être un peu à du TRANSMETROPOLITAN , en beaucoup moins sarcastique et en beaucoup plus détaillé. La grande facilité d’Alan Moore, c’est qu’il peut vous créer un univers complet en très peu de pages, et c’est le cas ici, quand même ; le WEEPING GORILLA justifie quasiment a lui tout seul l’achat de PROMETHEA, et ce n’est pourtant qu’un gimmick !
En plus, c’est extrêmement bien réfléchi et pensé. Il nous introduit le concept d’IMMATERIA, là où se trouvent tous les rêves et toutes les pensées des humains (on aurait pu penser à une redite du DREAMING de SANDMAN, mais là encore rien à voir, c’est beaucoup plus poussé) et occasionnellement toutes les autres PROMETHEAS, que SOPHIE va rencontrer dés le troisième numéro.
S’en suivent les différentes histoires des PROMETHEAS, qui sont généralement de grandes réussites. Au départ, le but était je pense de faire dessiner les histoires de chaque PROMETHEA par un dessinateur différent (on voit du CHARLES VESS et du JOSE VILLARUBIA qui offre un roman photo ! ) mais cette idée tombe à l’eau très vite ; ce qui n’est pas gênant puisque J.H. WILLIAMS est capable de modifier son style de dessin à l’infini.
Tous les numéros sont quasiment parfaits pris un par un. Encore plus lorsqu’on les lit à la suite. Le style de Williams, un petit peu sage sur les trois premiers épisodes (à l’image de son travail sur CHASE) explose carrément dés la numéro 4, où il utilise à chaque fois de nouvelles techniques de dessin, il impose de nouvelles idées et de nouvelles manières de raconter une histoire (Moore y est certainement pour quelque chose lui aussi).
De gros points forts en ce qui concerne l’histoire : l’univers décrit par Moore, les FIVE SWELL GUYS, sorte de quatre fantastiques de NEW YORK qui sont tout bonnement impeccables dés leur première apparition, THE PAINTED DOLL , une version tout bonnement terrifiante du JOKER et surtout, l’ambiance et le contexte crées par l’auteur.
On peut noter quelques points faibles ; à savoir le personnage de SOPHIE certainement un peu trop lisse, qui n’a pas véritablement d’existence en dehors de la relation avec sa meilleure amie STACIA et de sa mère et le numéro #10 , un peu décevant car il ressemble beaucoup à l’histoire de sexe mystique de la série SWAMP THING que Moore avait écrite il y a plus de vingt an sans apporter grand chose de plus (mais je suis peut être un peu sévère).
Cette première partie se termine en gros sur le #12 qui est tout simplement l’un des épisodes les plus impeccables de l’histoire. C’est un festival de technique d’écriture, de références et de maîtrise artistique. Pour vous expliquer, chacune des pages est une splash-page, correspondant à une carte de tarot , Moore, via BARBARA SHELLEY explique l’histoire de l’univers à PROMETHEA via ces cartes. Mais ce n’est pas tout, on a pour chacune des 22 pages une anagramme différente de PROMETHEA (METAPHORE, APE MOTHER , HEAR TEMPO …) qui sont toutes en relation avec le thème de la carte décrite sur la page la page. Si vous rajoutez à cela en bas de page ALEISTER CROWLEY , le magicien qui raconte au lecteur une histoire, dont certaines bribes sont captées par PROMETHEA qui se trouve au dessus. Evidemment la dernière page est en correspondance avec la première.
En dehors du simple exercice technique absolument génial (même si bon, parfois, les anagrammes sont peut être un peu tirées par les cheveux ), c’est une véritable communion entre le discours, les dessins et le format du comics.

Un épisode absolument remarquable qui fait la transition entre la première et a deuxième partie.
Celle sur laquelle j’avais toujours buté !
Cette fois ci, la magie a opéré…..
Je suis bien rentré dans chacun des numéros associé aux numéros, aux sphères de la kabbale.
Bon, à la longue c’est quand même assez redondant, SOPHIE servant souvent à servir la soupe aux théories d’Alan Moore avec son rôle de jeune candide qui ré explique les concepts. (« Ah ! certainement que ça c’est comme ça pour montrer que ceci est ….. ») mais c’est loin d’être indigeste. Et puis cela permet à J.H. WILLIAMS de s’en donner à cœur joie, adoptant un ton, une imagerie, un style différent pour chacune des sphères censées représenter le langage, les émotions, etc…. Il faut bien évidemment souligner le travail énorme et phénoménal de JEROMY COX aux couleurs et de TODD KLEIN au lettrage.
Moore parsème évidemment ses numéros de trouvailles artistiques assez phénoménales ; la première qui me vient à l’esprit étant SOPHIE et BARBARA qui marchent sans fin sur un cercle de MOEBIUS ; même si le dialogue est peut être plus facile que ce qu’on peut penser.

C’est loin d’être du blabla sur la magie, et l’intrigue avance quand même.
Sur Terre, où SOPHIE a laissé la place à un autre aspect de PROMETHEA qui a possédé le corps de STACIA et aussi dans les hautes sphères kabbalistiques où l’on apprend que PROMETHEA a un destin bien particulier (qui était déjà plus ou moins évoqué dans la première partie).


Une des sphères cabalistiques….il s’agit de celle qui n’existe pas ( pi ) entre les sphères 3 et 4 !

PROMETHEA change de peau, adoptant alors une forme plus adaptée à ce qu’elle doit faire dans la troisième partie. Mais avant, il faudra se débarrasser de STACIA, qui a pris goût à l’aventure et qui ne veut plus laisser sa place. Cela donnera lieu à un numéro de procès, où Moore cette fois ci est tombé un peu dans la facilité en essayant d’appliquer le jugement de Salomon aux deux PROMETHEA. Personnellement, je l’ai trouvé un peu léger sur ce coup là, et la résolution ne me satisfait pas. C’est quand même un sacré voyage que nous offre Moore, ce n’est pas si ardu que ça à comprendre, et l’avantage, c’est que c’est tellement bien écrit que c’est facile à lire en VO. Je crois qu’il faut tout simplement y rentrer et se laisser porter.
Bon, Moore tourne parfois son récit un peu dans tous les sens en essayant de faire des comparaisons, je ne comprends pas pourquoi le mari de BARBARA était dans la plus haute sphère, mais la forme est tellement géniale et à chaque fois différente que c’est finalement un vrai bonheur.


Encore une autre sphère, une des plus hautes !

Je pense que J.H. WILLIAMS (avec COX et KLEIN ) donne véritablement tout ce qu’il a pour faire passer le message, et c’est totalement réussi.
La troisième et dernière partie, la plus courte nous raconte ce qui se passe trois ans plus tard. SOPHIE a appris quel devait être le rôle de PROMETHEA et le refuse. Elle est poursuivie par les agences fédérales et se cache pendant trois ans. Elle sera retrouvée par TOM STRONG et les héros de la ligne ABC.
Les premiers épisodes ont du mal à me convaincre. Je ne comprends pas pourquoi Alan Moore a décidé de mettre un pont de trois ans entre la deuxième et la troisième partie, cela ne me semble pas justifié et l’arrivée de TOM STRONG me déçoit un peu. En effet, on a été habitué à des numéros tous très spéciaux et très novateurs dans la narration sue tout de suite, dés qu’on retombe sur une histoire un peu plus linéaire, on est déçu. Personnellement, le fait de voir débarquer TOM STRONG m’a un peu sorti du récit. Rappelons que j’ai tout lu à la suite en deux jours.
Heureusement, arrivent les numéros 30 et le début du trente et un qui nous font comprendre que Moore avait un plan dans la tête depuis le début. Ou pas…..
Car son personnage a énormément évolué entre le premier et le troisième numéro, et on se demande parfois s’il savait où il voulait aller.
Qu’importe, il réussit le tour de force de réunir tous les personnages de son récit dans deux derniers numéros absolument magistraux, qui s’adressent directement au lecteur dans une sorte de lecture à plusieurs niveaux différents , un peu comme le ANIMAL MAN de GRANT MORRISON, mais avec une maestria graphique et scénaristique en plus.

Reste le problème de la fin. Après un tel climax, on s’attendait à quelque chose d’encore plus fou, plus fort, et voilà que Alan Moore nous sort une happy end.
J’ai eu du mal à y croire, mais bon, pourquoi pas, cela permet une respiration à la fin de l’histoire, qui aurait peut être du s’arrêter quelques pages avant la fin du numéro 31. Franchement, le fait qu’un des agents du FBI finisse avec STACIA, le bonheur de SOPHIE, de sa mère , c’est trop beau pour ne pas avoir été mûrement réfléchi, mais je ne comprends pas pourquoi sur le coup.
De toutes façons, je ne vois pas comment il aurait pu finir. En fait ce qui me gène, c’est peut être le personnage de SOPHIE, pour lequel je n’arrive désespérément pas à m’attacher (idem pour sa mère).
Je n’ai pas trop compris ce que venaient faire les héros de ABC dans cette troisième partie, dont je n’ai pas aimé le début en dehors du fait d permettre à WILLIMAS de les dessiner en fonction du style de leur créateur (STRONG est dessiné façon SPROUSE, JACK B.QUICK dans celui de NOWLAN, JONNI FUTURE façon ADAMS.). Il le refera plus tard dans le BATMAN de GRANT MORRISON.
En dehors du happy end, la fin est absolument magistrale , réunissant texte et dessins dans un grand tout mené de main de maître qui finit d’achever la démonstration entreprise depuis le début. Splendides peintures de WILLIAMS aussi.

Reste le dernier numéro, le 32 qui est totalement à part. C’est en fait une leçon de vie de PROMETHEA, qui nous fait un petit discours sur tous les principes expliqués dans les numéros précédents, entourée par de petits encarts informatifs assez bien fais. C’est encore une fois impeccable et bien écrit. Cela se suit très facilement et ce n’est pas redondant du tout. Nous voilà traversant les différents chemins de la kabbale sans aucune difficulté. Evidemment, il faut que Moore rajoute un exercice purement technique, à savoir que dans le numéro 32 en single, les pages étaient imprimées de telle sorte qu’en les dégrafant, on pouvait former un poster recto verso. Bon, dans le TPB les pages ont été réarrangées et on a droit au poster à al fin dans des pages détachables. Véritable chef d’œuvre technique tout en étant une réussite artistique totale, ce dernier numéro est une vraie fin à cette série tout à fait exceptionnelle.

Dire qu’il m’a fallu presque dix ans pour en arriver au bout.
Que vous dire de plus, brillante techniquement, sidérante graphiquement, avec un discours quand même relativement accessible (plus que LoEG Black dossier…) PROMETHEA est un chef d’œuvre, avec un réel discours , qui mérite vraiment d’être lu. On en ressort heureux en tout cas, même si cela peut parfois prendre du temps.
Pour moi, ce n’est pas le meilleur Alan Moore (FROM HELL reste devant) mais c’est assurément la meilleure communion possible entre un scénariste , un dessinateur et certainement le lecteur.
A lire ou a posséder absolument.

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