Top 100 : Partie 7 (1998-2001)

61. 1998 INHUMANS (Paul Jenkins/Jae Lee)

La ligne MARVEL KNIGHTS dirigée par Joe Quesada et Jimmy Palmiotti a vraiment été une réussite (si l’on fait abstraction de la série PUNISHER où Frank Castle se retrouve en tant qu’agent du paradis) puisqu’elle a proposé Black Panther, Daredevil par Smith puis Bendis mais aussi cette série Inhumans scénarisée par Paul Jenkins (pas très connu à l’époque) mais surtout dessiné par Jae Lee. Pour ceux qui n’étaient pas encore nés à cette époque Jae Lee est un des dessinateurs qui a connu un succès fulgurant au début des années 90. Il lui a fallu simplement une seule série, Namor et quelques apparitions sur X-Factor pour être décrété superstar des comics et être embauché par Jim Lee et consorts chez Image, où il va produire sa propre série, Hellshock, qui ne durera que…trois numéros. En effet, à l’époque Jae Lee, qui essaye de réaliser la meilleure bande dessinée possible, se perd dans son perfectionnisme et n’arrivera que bien plus tard à mener son projet au bout. De fait, il avait complètement disparu des radars avant de se voir proposer cette maxi-série en douze épisodes. C’était tout de même un petit évènement. Et à la lecture des premières pages, on se rend compte que le style du dessinateur (à la relecture, ses Namor étaient plein de défauts) a nettement évolué et pour le mieux. En dépit de quelques retards me semble-t-il, Jae Lee nous livre une prestation d’anthologie, certainement son travail le plus régulier et le plus abouti.
Mais finalement, ce n’est pas le principal atout de cette série. En effet, Paul Jenkins livre un travail tout en sensibilité, dont chaque épisode jette un regard particulier sur un membre de la famille des inhumains, avec un ton très personnel et surtout très sensible. Le pinacle de cette série étant certainement un épisode entier centré sur LOCKJAW, le chien de la famille ! Bien évidemment, tout cela est ancré dans une intrigue globale qui passe finalement un peu au second plan mais chacun des cinq ou six premiers épisodes est un petit bijou en soi. Cette série est absolument formidable, auto contenue et très représentative de ce que le scénariste peut faire en terme de caractérisation et de sensibilité

Titres écartés au profit de celui-ci :
– PETER PARKER SPIDER-MAN #19-50 (Jenkins / Buckingham) où les deux auteurs arrivent à redéfinir totalement le personnage de Peter Parker pour un run méconnu mais débordant d’humour et de sensibilité.

– SENTRY (Jenkins/Jae Lee) avec la même équipe et qui nous livre une sorte de version Marvel de Miracleman. Excellent !

62. 1998 DEADPOOL #11, Marvel Comics (Joe Kelly / Pete Woods / Nathan Massengill-Al MIlgrom-Joe Sinnott)

En regardant cette liste, je viens de me rendre compte qu’il n’y a pas beaucoup de titres humoristiques. Et c’est un peu dommage, parce que souvent il est beaucoup plus difficile de faire du « bon humour » que de la provoc ou du dark-dépressif.
Je voulais mettre aussi sur le devant de la scène le scénariste Joe Kelly, qui sait non seulement gérer les scènes d’action mais aussi les dialogues et les situations décalées.
Ce DEADPOOL, vilain de deuxième ordre créé par Rob Liefeld a connu le succès dans les années 90 en tant que mercenaire déjanté et sans pitié. Réflexion parfaite des attentes des lecteurs mainstream de l’époque (malheureusement), ce personnage a fait grimper les ventes de tous les titres où il s’est retrouvé invité, à tel point que quelques années plus tard on décide, après deux mini-séries assez oubliables, de lui confier sa propre série régulière.
Bien évidemment, Deadpool est un personnage sans aucun intérêt, surtout si on regarde d’un œil extérieur ou qu’on prête un peu attention à ses premières apparitions, pire, si on a vu le film sorti tout récemment.
Sauf que voilà, comme le disait un certain philosophe, la vérité est souvent ailleurs, et il n’y a pas de mauvais personnages en comics, simplement des scénaristes et des éditeurs mauvais ou fainéants.
Et il faut reconnaître que ce super-héros a été souvent plutôt bien servi tout au long de ses nombreuses séries, généralement pour des runs qui sont passés totalement sous le radar des lecteurs, contrairement à d’autres qui ont connu un fort succès en dépit de leur qualité médiocre et de leur humour au ras des paquerettes.
Et ici, la série est confiée à Joe Kelly, qui fait ses premières gammes chez Marvel et qui prouve à tous ses lecteurs qu’il est pétri de talent en mélangeant parodie, action mais aussi histoire assez complexe et de la sensibilité.
Qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas vraiment de sentiments ni d’émotion dans cet épisode, totalement parodique et dans lequel Deadpool se retrouve projeté dans le passé, en plein dans le cœur d’AMAZING SPIDER-MAN #47, qu’on a déjà critiqué ici. Ce qui est très drôle, c’est de voir l’interaction entre ce mercenaire loufoque et le comic-book des années 60. Kelly passe tout à la moulinette, les dialogues de l’époque, les réactions des « jeunes de l’époque » et c’est tout simplement succulent. Car c’est fait sans aucune méchanceté, Kelly se moque gentiment tout en respectant à la case près l’intrigue principale, sauf que Peter est remplacé par Deadpool et que tante May est remplacée par Blind Al. Kelly se moque des cheveux des Osborn, nous livre des dialogues très drôles (le HAKUNA MATATA lorsque Deadpool rencontre Kraven le chasseur) tout en nous montrant que finalement, la vie de Peter Parker était beaucoup plus simple et facile à l’époque. Si on va chercher un peu plus loin, on peut y voir un discours comme quoi les années 2000 sont plus difficiles pour les adolescents que les années 60, que la simplicité est partie, que la bonne humeur est moins présente et du coup, derrière une idée totalement potache on peut y voir tout de même une certaine forme de réflexion sur la société.
Dommage que les dessins ne soient pas trop à la hauteur. Pete Woods n’a en effet pas encore atteint le maximum de son potentiel et si cela passe lorsqu’il est encré par Al Milgrom et Joe SInnott pour les parties dans le passé, c’est beaucoup moins sympathique quand il est encré par Nathan Massengill pour les parties se déroulant dans les années 2000.
Cela reste de toute façon un excellent épisode.

Titres écartés au profit de celui-ci:
– la série CABLE ET DEADPOOL par Fabian Nicieza et Patrick Zircher, qui après 6 épisodes d’introduction devient une très grande série

– le run de POSEHN et DUGGAN sur Deadpool (autour de 2014) avec un premier arc ou Deadpool doit exécuter les présidents des Etats Unis qui sont tous revenus à la vie.

– La JLA/JLI de GIffen/De Matteis/Maguire qui est aussi très parodique et qui joue la carte de l’humour

– MISS HULK par John Byrne où notre héroïne brise le quatrième mur elle aussi.

– AMBUSH BUG de Keith Giffen, parodique et loufoque

– MISS HULK de Dan Slott/Juan Bobillo qui se situe sur les mêmes bases (humour + action).


63. PLANETARY #1-27, (Warren Ellis/John Cassady) DC Comics
 

J’avais lu les quelques premiers épisodes de PLANETARY, mais j’avais laissé tomber l’affaire au vu des nombreux retards accumulés par les auteurs. En plus, n’ayant lu que les cinq / six premiers, j’avais eu du mal à me faire une idée de la trame. J’avais donc laissé tranquillement la série se dérouler avant de tout relire d’un bloc ; et c’est absolument magnifique !
Pour moi, PLANETARY est avec TRANSMETROPOLITAN le meilleur travail d’un Warren Ellis (encore lui), tout en se démarquant complètement : aucune once de cynisme dans cette série, ce qui prouve que l’auteur peut vraiment tout faire. Il livre une histoire qui se veut un hommage non seulement à la culture pulp des années 50, mais aussi à la science-fiction de cette époque et enveloppe le tout dans une réflexion sur l’histoire et le futur des comics.
Tout ça en 27 épisodes assez différents et déconnectés. Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est loin d’être compliqué, l’histoire prend tout son sens petit à petit et c’est ici un vrai travail d’orfèvre. Et pourtant, cela se passe dans l’univers WILDTORM, pas vraiment réputé pour sa subtilité (quoique certaines séries pourraient me faire mentir).
PLANETARY nous raconte donc l’histoire d’un groupe de trois personnages qui se définissent un petit peu comme les archéologues de l’univers WILDSTORM, ils vont fouiner dans les recoins perdus de l’histoire découvrant des secrets oubliés depuis des décennies. Sauf que chaque secret à une signification, qui s’intègre parfaitement dans l’histoire globale de la série. Chaque détail à son importance et ELLIS réussit à faire monter la sauce assez rapidement, avec une menace assez identifiable (les 4, version méchante et pas du tout voilée des FANTASTIC FOUR), des mystères qui tiennent en haleine (qui est le quatrième membre de PLANETARY) et des révélations incessantes à partir du milieu de la série.
En plus de l’histoire, parfaitement bien construite, que ce soit dans un contexte individuel ou global. On a, comme je le disais plus haut, une véritable réflexion sur l’évolution des comics et des héros, des personnages du golden age, comme DOC SAVAGE sont confrontés à ceux du SILVER AGE (les FANTASTIC FOUR) , et on a même une apparition de certains personnages VERTIGO . Le mieux, c’est qu’à mon sens la conclusion d’ELLIS est totalement optimiste, et ça fait du bien par rapport au cynisme ambiant. Pour le coup, on est un peu sur des théories un peu contraires à TRANSMETROPOLITAN. ELLIS veut nous rassurer en nous montrant que le meilleur reste à venir.
Les concepts de science-fiction sont tout bonnement hallucinants, ce qui fait de PLANETARY plus une série SF que de super héros, et ça c’est rare.
L’avant dernier épisode est surprenant, dans la mesure où il résout un peu vite la problématique de la série, mais c’est pour nous dévoiler un autre aspect de l’œuvre dans le dernier épisode: le lien très fort entre les quatre membres de l’équipe, pour le coup, ce sont eux les véritables FF, et je reconnais que ça peut surprendre, mais c’est ce dernier épisode qui pour moi enfonce le clou de l’optimisme.
Le scenario est impeccable, les dessins de JOHN CASSADAY le sont tout autant. L’avantage aussi, c’est qu’ELLIS ne se renferme pas dans une diarrhée verbale, tout est compréhensible parfois uniquement grâce aux silences et à la narration de CASSADAY. J’ai dû lire ces 27 épisodes très rapidement, mais chacun d’entre eux apporte quelque chose qui fait au final une histoire beaucoup plus dense que prévue.
Un grand moment de lecture pour une des meilleures séries de ces vingt dernières années.

Titres écartés pour celui-ci:
– DESOLATION JONES : Peut être le comics qui aurait dû se retrouver dans ce top 100 mais dont on n’a jamais eu la fin. Par Ellis mais surtout JH Williams III.

64. 1999. DEATHLOCK #1-11 (Joe Casey/Leonardo Manco), Marvel Comics

Cette série est l’une des trois séries lancées au cours de l’année 1999 sous le label M-TECH, qui était censée raconter des histoires concernant des super héros mécaniques, à savoir WARLOCK, MACHINE MAN (X 51) et DEATHLOCK.

On avait donc trois séries lancée à grands renforts de publicité puisque le prologue de M-TECH est raconté dans deux annuals X MEN, dessinées par Rick LEONARDI et scénarisées par ALAN DAVIS. A noter que ces deux annuals sont vraiment très pauvres, Davis suivant des consignes éditoriales et Léonardi faisant de loin l’un de ses plus mauvais travaux. Alors il faut bien comprendre que ces trois séries ont fait long feu, ne trouvant pas leur public et n’allant pas plus loin, je crois, que la douzaine de numéros. Il faut dire que les séries n’avaient pas grand intérêt avec pourtant Louise Simonson et Pascual Ferry sur WARLOCK et Joe Bennet et Karl BOLLERS sur X 51.
Mais comme dans tous ces lancements destinés à une mort très rapide (un peu comme la ligne tsunami) on trouve parfois de bonnes surprises, ici donc le titre DEATHLOCK, par Joe CASEY et Léonardo MANCO.
Joe Casey, qui habite à Hollywood et écrit aussi pour le cinéma, a commencé sa carrière mainstream en reprenant le titre CABLE lorsque James Robinson laisse tomber après quelques numéros. Il établira avec le dessinateur LADRONN un run de référence sur ce titre, qui lui donnera accès à plein d’autres séries chez Marvel, DC (ADVENTURES OF SUPERMAN) et Wildstorm notamment. Il reprendra en même temps que Grant Morrison les X men mais sera rapidement remplacé après beaucoup de critiques par …Chuck Austen. On pourra citer aussi son immense run sur WILDCATS vol 2 et WILDCATS 3.0 (dont on reparlera très vite) avec notamment Sean Phillips qui lui a ouvert les portes d’un succès critique à défaut d’un succès en librairie.
Deathlock est quant à lui un personnage des années 70 crée par Rich Buckler pour une série elle aussi assez intéressante. Il s’agit d’un être humain dont la moitié du corps a été attachée à des parties robotiques et qui se débat entre sa conscience humaine et ses réactions mécaniques.
Ici, Casey remet tout à zéro en proposant un nouveau personnage, l’agent Truman déjà développé dans les pages de CABLE et qui finit paralysé. Le SHIELD décide donc d’en faire le nouveau Deathlock.
Sauf que cette fois-ci le dialogue est nettement plus intérieur, puisque le personnage n’apparaît pour la première fois qu’à l’issue de l’épisode 5. Tout le reste est composé de monologues intérieurs dont les sentiments du personnage sont exprimés uniquement par des définitions du dictionnaire. Avec un style plutôt décompressé, Joe Casey n’a pas peur d’utiliser des moyens très adultes et des sujets matures (notamment les élections présidentielles, un vilain très dérangeant et très organique, le clown), ce qui tranche quand même beaucoup avec la production de l’époque. Bref, ce DEATHLOCK est tout ce que les lecteurs de l’époque n’attendaient pas, cela n’a donc pas fonctionné.
Quelques mots sur LEONARDO MANCO, le dessinateur dont on a déjà parlé ici et qui livre une prestation fabuleuse. Malheureusement, il a fait preuve de très peu de régularité, ne dessinant qu’un épisode sur deux, ce qui pose quand même un petit problème de cohérence graphique et nuit un peu à l’ensemble. Cela reste une série plus qu’intéressante.

Titres écartés au profit de celui-ci :
CABLE #50-70 : Là aussi, avec un personnage caricatural et sans intérêt, Joe Casey réussit à faire une histoire solide, intelligente et mature, accompagné par un dessinateur au style particulier et rétro qui fonctionne parfaitement : JOSE LADRONN.

65. 1999 PROMETHEA #1-32 (Alan Moore/JH Williams III), Wildstorm, DC Comics

J’ai une relation bizarre avec PROMETHEA.
Je devais être le seul lecteur à l’époque à acheter le titre en single plus pour J.H. Williams III (que je suivais depuis CHASE et son TANGENT) que pour Alan Moore.
PROMETHEA est l’un des titres phares de la collection ABC (America’s best comics), une ligne de la maison d’édition WILDSTORM, confiée aux bons soins du génial Alan Moore, qui faisait son grand retour dans l’industrie du comics avec pas moins de trois séries régulières (PROMETHEA, TOP TEN, TOM STRONG) , une mini série (LEAGUE OF EXTRAORDINARY GENTLEMEN ) et une anthologie (TOMORROW STORIES). Le bue de la ligne ABC était très simple : redéfinir les comics pour le siècle à venir, ni plus ni moins !
Un petit peu à l’image de son travail sur SUPREME, Alan Moore va donc offrir aux lecteurs des personnages comme TOM STRONG, GREYSHIRT et, dans le cas qui nous intéresse, PROMETHEA !
Les premiers numéros m’avaient complètement ravis, impressionné par le travail de Moore et de Williams, je me faisais un plaisir de lire les aventures de notre science-héroïne tous les mois (ou tous les deux mois plutôt). Pourtant, à un moment, j’ai craqué. Autour des numéros 13/14, le titre a commencé à me passer au-dessus de la tête, Moore orientant son récit vers une description de la magie via les symboles de la kabbale qui m’a totalement perturbé. Au bout d’un moment (où les titres mensuels de PROMETHEA s’entassaient sur mon armoire sans être lus) j’ai décidé de l’arrêter, la fréquence de parution étant en plus devenue de plus en plus erratique.
Deux ou trois ans plus tard, je m’étais dit que c’était bête, et j’ai commencé à rechercher les back issues de PROMETHEA pour tout compléter jusqu’au numéro 25 (la série était encore en cours de parution, autour du numéro 29/30).
Je reprends donc ma relecture des numéros, et même problème, j’ai craqué au bout d’une vingtaine de numéros cette fois ci. La kabbale a eu raison de moi une fois de plus !
Exit encore une fois PROMETHEA qui est restée sur le coin de mon, étagère, tout là-bas, bien au fond !
Deux ou trois ans plus tard, je me suis rendu compte que le dernier TPB de PROMETHEA, le volume 5 reprenait exactement tous les épisodes qui me manquaient jusqu’à la fin. Je décidai donc de l’acheter en me disant qu’à l’occasion…..
L’occasion est arrivée sous la forme de surveillances de bac.
Plus de vingt-cinq heures à surveiller des gamins qui sont un par table et 15 par classe, la plupart du temps sur de longues périodes de quatre heures. Autant vous dire qu’on s’ennuie beaucoup et qu’il me fallait « de la réserve ». Je me suis dit que c’était le moment idéal pour redonner une chance à ce titre. Après tout, il m’avait bien fallu plus d’un an et quatre ou cinq essais pour dépasser les trente premières pages de FROM HELL qui est devenue l’une des meilleures lectures de ma vie !
Pourtant, je ne suis pas parti avec un a priori positif vis à vis de Alan Moore.
J’ose l’affirmer tout haut, je ne suis pas arrivé à terminer le LEAGUE OF EXTRAORDINARY GENTLEMEN : BLACK DOSSIER, j’ai explosé en vol, anéanti par trop de références au-dessus de ma simple compréhension de lecteur de base. A mon sens, Alan Moore s’est raté sur cette bande dessinée, car il n’a pas su la rendre lisible pour tous et pour ceux qui n’étaient pas aussi cultivés que lui, ce qui est largement mon cas. Peut-être dans un an ou deux…..
J’avais toutes les raisons de craindre donc PROMETHEA, qui me semblait plus être une sorte d’essai sur la magie et les symboles cabalistiques qu’autre chose.
J’avais bien tort.
PROMETHEA nous raconte l’histoire d’une super héroïne, personnification de l’imagination qui a l’habitude de prendre possession du corps des auteurs qui écrivent sur elle (un poète du siècle dernier, une illustratrice de romans, un créateur de comic books. ). Cette fois ci, nous sommes en 1999 sur une terre qui est bien différentes de la nôtre. PROMETHEA prend possession du corps de la jeune SOPHIE BANGS, une étudiante qui faisait des recherches sur elle et ses apparitions dans les différents médiums. A chaque fois que SOPHIE écrit un poème sur elle, PROMETHEA apparaît pour combattre les démons et le mal. SOPHIE entre en relation avec BARBARA SHELLEY, la dernière incarnation en date de PROMETHEA, qui lui raconte toute l’histoire des PROMETHEA, comment elle a possédé le corps des différents artistes depuis plus de 100 ans.
Voilà en gros un résumé tout à fait incomplet des deux ou trois premiers épisodes. Evidemment, au départ, on pense tout de suite à un hommage aux héroïnes des années 40/50 , et peut être encore plus à WONDER WOMAN. On se trompe bien évidemment.

PROMETHEA peut être divisée en gros en trois parties : une première partie (#1 à #11) où SOPHIE découvre ses pouvoirs ; les histoires des PROMETHEA qui l’ont précédée et va mettre à mal une société secrète qui veut sa mort; une deuxième où elle va découvrir l’histoire de la magie via les tarots, les planètes de la kaballe et tous les symboles mystiques cachés dans le langage puis revenir sur Terre pour affronter la PROMETHEA qui l’a remplacée lors de son odyssée dans les arcanes magiques (#12 à #25) et enfin une troisième partie qui se déroule trois ans plus tard et qui nous raconte comment PROMETHEA va déclencher la fin du monde. (#26 à #31, contenu dans le dernier TPB). On peut mettre à part le numéro #32, le dernier de la série, que je détaillerai un peu plus tard.

La première partie est tout à fait géniale !
Moore nous introduit une planète Terre largement différente de la nôtre, avec un maire aux multiples personnalités, où la ville de NEW YORK est submergée par la technologie et les informations via une chaîne d’informations continue appelée TEXTURE. On pense peut être un peu à du TRANSMETROPOLITAN, en beaucoup moins sarcastique et en beaucoup plus détaillé. La grande facilité d’Alan Moore, c’est qu’il peut vous créer un univers complet en très peu de pages, et c’est le cas ici, quand même ; le WEEPING GORILLA (qui préfigure la folie actuelle pour les memes et autres videos youtube) justifie quasiment à lui tout seul l’achat de PROMETHEA, et ce n’est pourtant qu’un gimmick !
En plus, c’est extrêmement bien réfléchi et pensé. Il nous introduit le concept d’IMMATERIA, là où se trouvent tous les rêves et toutes les pensées des humains (on aurait pu penser à une redite du DREAMING de SANDMAN, mais là encore rien à voir, c’est beaucoup plus poussé) et occasionnellement toutes les autres PROMETHEAS, que SOPHIE va rencontrer dès le troisième numéro.
S’en suivent les différentes histoires des PROMETHEAS, qui sont généralement de grandes réussites. Au départ, le but était je pense de faire dessiner les histoires de chaque PROMETHEA par un dessinateur différent (on voit du CHARLES VESS et du JOSE VILLARUBIA qui offre un roman photo ! ) mais cette idée tombe à l’eau très vite ; ce qui n’est pas gênant puisque J.H. WILLIAMS est capable de modifier son style de dessin à l’infini.
Tous les numéros sont quasiment parfaits pris un par un. Encore plus lorsqu’on les lit à la suite. Le style de Williams, un petit peu sage sur les trois premiers épisodes (à l’image de son travail sur CHASE) explose carrément dès le numéro 4, où il utilise à chaque fois de nouvelles techniques de dessin, il impose de nouvelles idées et de nouvelles manières de raconter une histoire (Moore y est certainement pour quelque chose lui aussi).
De gros points forts en ce qui concerne l’histoire : l’univers décrit par Moore, les FIVE SWELL GUYS, sorte de quatre fantastiques de NEW YORK qui sont tout bonnement impeccables dès leur première apparition, THE PAINTED DOLL, une version tout bonnement terrifiante du JOKER et surtout, l’ambiance et le contexte crées par l’auteur.
On peut noter quelques points faibles ; à savoir le personnage de SOPHIE certainement un peu trop lisse, qui n’a pas véritablement d’existence en dehors de la relation avec sa meilleure amie STACIA et de sa mère et le numéro #10 , un peu décevant car il ressemble beaucoup à l’histoire de sexe mystique de la série SWAMP THING que Moore avait écrite il y a plus de vingt an sans apporter grand-chose de plus (mais je suis peut-être un peu sévère).
Cette première partie se termine en gros sur le #12 qui est tout simplement l’un des épisodes les plus impeccables de l’histoire. C’est un festival de technique d’écriture, de références et de maîtrise artistique. Pour vous expliquer, chacune des pages est une splash-page, correspondant à une carte de tarot, Moore, via BARBARA SHELLEY expliquant l’histoire de l’univers à PROMETHEA via ces cartes. Mais ce n’est pas tout, on a pour chacune des 22 pages une anagramme différente de PROMETHEA (METAPHORE, APE MOTHER , HEAR TEMPO …) qui sont toutes en relation avec le thème de la carte décrite sur la page la page. Si vous rajoutez à cela en bas de page ALEISTER CROWLEY, le magicien qui raconte au lecteur une histoire, dont certaines bribes sont captées par PROMETHEA qui se trouve au-dessus. Evidemment la dernière page est en correspondance avec la première.
En dehors du simple exercice technique absolument génial (même si bon, parfois, les anagrammes sont peut-être un peu tirées par les cheveux), c’est une véritable communion entre le discours, les dessins et le format du comics.
Un épisode absolument remarquable qui fait la transition entre la première et a deuxième partie.
Celle sur laquelle j’avais toujours buté !
Cette fois ci, la magie a opéré…..
Je suis bien rentré dans chacun des numéros associé aux numéros, aux sphères de la kabbale.
Bon, à la longue c’est quand même assez redondant, SOPHIE servant souvent à servir la soupe aux théories d’Alan Moore avec son rôle de jeune candide qui ré explique les concepts. (« Ah ! certainement que ça c’est comme ça pour montrer que ceci est ….. ») mais c’est loin d’être indigeste. Et puis cela permet à J.H. WILLIAMS de s’en donner à cœur joie, adoptant un ton, une imagerie, un style différent pour chacune des sphères censées représenter le langage, les émotions, etc…. Il faut bien évidemment souligner le travail énorme et phénoménal de JEROMY COX aux couleurs et de TODD KLEIN au lettrage.
Moore parsème évidemment ses numéros de trouvailles artistiques assez phénoménales ; la première qui me vient à l’esprit étant SOPHIE et BARBARA qui marchent sans fin sur un cercle de MOEBIUS ; même si le dialogue est peut-être plus facile que ce qu’on peut penser.
C’est loin d’être du blabla sur la magie, et l’intrigue avance quand même.
Sur Terre, où SOPHIE a laissé la place à un autre aspect de PROMETHEA qui a possédé le corps de STACIA et aussi dans les hautes sphères kabbalistiques où l’on apprend que PROMETHEA a un destin bien particulier (qui était déjà plus ou moins évoqué dans la première partie).
PROMETHEA change de peau, adoptant alors une forme plus adaptée à ce qu’elle doit faire dans la troisième partie. Mais avant, il faudra se débarrasser de STACIA, qui a pris goût à l’aventure et qui ne veut plus laisser sa place. Cela donnera lieu à un numéro de procès, où Moore cette fois ci est tombé un peu dans la facilité en essayant d’appliquer le jugement de Salomon aux deux PROMETHEA. Personnellement, je l’ai trouvé un peu léger sur ce coup-là, et la résolution ne me satisfait pas. C’est quand même un sacré voyage que nous offre Moore, ce n’est pas si ardu que ça à comprendre, et l’avantage, c’est que c’est tellement bien écrit que c’est facile à lire en VO. Je crois qu’il faut tout simplement y rentrer et se laisser porter.
Bon, Moore tourne parfois son récit un peu dans tous les sens en essayant de faire des comparaisons, je ne comprends pas pourquoi le mari de BARBARA était dans la plus haute sphère, mais la forme est tellement géniale et à chaque fois différente que c’est finalement un vrai bonheur.
Je pense que J.H. WILLIAMS (avec COX et KLEIN ) donne véritablement tout ce qu’il a pour faire passer le message, et c’est totalement réussi.
La troisième et dernière partie, la plus courte nous raconte ce qui se passe trois ans plus tard. SOPHIE a appris quel devait être le rôle de PROMETHEA et le refuse. Elle est poursuivie par les agences fédérales et se cache pendant trois ans. Elle sera retrouvée par TOM STRONG et les héros de la ligne ABC.
Les premiers épisodes ont du mal à me convaincre. Je ne comprends pas pourquoi Alan Moore a décidé de mettre un pont de trois ans entre la deuxième et la troisième partie, cela ne me semble pas justifié et l’arrivée de TOM STRONG me déçoit un peu. En effet, on a été habitué à des numéros tous très spéciaux et très novateurs dans la narration sue tout de suite, dés qu’on retombe sur une histoire un peu plus linéaire, on est déçu. Personnellement, le fait de voir débarquer TOM STRONG m’a un peu sorti du récit. Rappelons que j’ai tout lu à la suite en deux jours.
Heureusement, arrivent les numéros 30 et le début du trente et un qui nous font comprendre que Moore avait un plan dans la tête depuis le début. Ou pas…..
Car son personnage a énormément évolué entre le premier et le troisième numéro, et on se demande parfois s’il savait où il voulait aller.
Qu’importe, il réussit le tour de force de réunir tous les personnages de son récit dans deux derniers numéros absolument magistraux, qui s’adressent directement au lecteur dans une sorte de lecture à plusieurs niveaux différents , un peu comme le ANIMAL MAN de GRANT MORRISON, mais avec une maestria graphique et scénaristique en plus.
Reste le problème de la fin. Après un tel climax, on s’attendait à quelque chose d’encore plus fou, plus fort, et voilà que Alan Moore nous sort une happy end.
J’ai eu du mal à y croire, mais bon, pourquoi pas, cela permet une respiration à la fin de l’histoire, qui aurait peut-être dû s’arrêter quelques pages avant la fin du numéro 31. Franchement, le fait qu’un des agents du FBI finisse avec STACIA, le bonheur de SOPHIE, de sa mère, c’est trop beau pour ne pas avoir été mûrement réfléchi, mais je ne comprends pas pourquoi sur le coup.
De toute façon, je ne vois pas comment il aurait pu finir. En fait ce qui me gêne, c’est peut-être le personnage de SOPHIE, pour lequel je n’arrive désespérément pas à m’attacher (idem pour sa mère).
Je n’ai pas trop compris ce que venaient faire les héros de ABC dans cette troisième partie, dont je n’ai pas aimé le début en dehors du fait d permettre à WILLIMAS de les dessiner en fonction du style de leur créateur (STRONG est dessiné façon SPROUSE, JACK B.QUICK dans celui de NOWLAN, JONNI FUTURE façon ADAMS.). Il le refera plus tard dans le BATMAN de GRANT MORRISON.
En dehors du happy end, la fin est absolument magistrale , réunissant texte et dessins dans un grand tout mené de main de maître qui finit d’achever la démonstration entreprise depuis le début. Splendides peintures de WILLIAMS aussi.

Reste le dernier numéro, le 32 qui est totalement à part. C’est en fait une leçon de vie de PROMETHEA, qui nous fait un petit discours sur tous les principes expliqués dans les numéros précédents, entourée par de petits encarts informatifs assez bien fais. C’est encore une fois impeccable et bien écrit. Cela se suit très facilement et ce n’est pas redondant du tout. Nous voilà traversant les différents chemins de la kabbale sans aucune difficulté. Evidemment, il faut que Moore rajoute un exercice purement technique, à savoir que dans le numéro 32 en single, les pages étaient imprimées de telle sorte qu’en les dégrafant, on pouvait former un poster recto verso. Bon, dans le TPB les pages ont été réarrangées et on a droit au poster à la fin dans des pages détachables. Véritable chef d’œuvre technique tout en étant une réussite artistique totale, ce dernier numéro est une vraie fin à cette série tout à fait exceptionnelle.
Dire qu’il m’a fallu presque dix ans pour en arriver au bout.
Que vous dire de plus, brillante techniquement, sidérante graphiquement, avec un discours quand même relativement accessible (plus que LoEG Black dossier…) PROMETHEA est un chef d’œuvre, avec un réel discours , qui mérite vraiment d’être lu. On en ressort heureux en tout cas, même si cela peut parfois prendre du temps.
Pour moi, ce n’est pas le meilleur Alan Moore (FROM HELL reste devant) mais c’est assurément la meilleure communion possible entre un scénariste , un dessinateur et certainement le lecteur.
A lire ou a posséder absolument.

66.1999 RISING STARS, Image Comics (JM Straczynski / Keu Cha-Ken Lashley-Christian Zanier- Stuart Immonen- Brent Anderson )

Ce Rising Stars est un excellent exemple de titre foiré mais intéressant. En plus, je voulais choisir cette histoire même si on aurait pu penser que dans le même genre MIDNIGHT NATION (du même scénariste) est bien supérieur. Sauf que je pense que la grande majorité des lecteurs a en fait laissé tomber Rising Stars en cours de route, lassée par les changements de dessinateur incessants et les retards de la bande dessinée (a-t-elle-même été intégralement publiée en VF à l’époque ? ). Il a fallu attendre la réédition de la série par les EDITIONS DELCOURT en trois volumes bien séparés (qui correspondent aux trois actes de la série) pour redécouvrir cette histoire et se rendre compte qu’elle était nettement meilleure que dans mes souvenirs.
Le premier volume commence vraiment très bien. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, voici un petit résumé : En 1969, une boule de feu passe au-dessus de la ville de PEDERSON.
Neuf mois plus tard, tous les enfants qui se trouvaient in-utéro à l’époque du passage de la boule se retrouvent dotés de pouvoirs surhumains. Intégrés à la société, ils deviennent célèbres ou restent dans l’ombre selon leurs pouvoirs ou leur mentalité. Sauf que voilà, quelqu’un commence à assassiner les « spéciaux » de PETERSON les uns après les autres. Pourquoi ?
Si on remet cette série dans le contexte de l’époque, c’est une vraie réussite. Straczynski analyse finement et avec justesse ses personnages, trouvant toujours un angle d’attaque très différent et très réaliste qui fonctionne à merveille. D’ailleurs, des tonnes de séries TV se sont à mon humble avis inspirées de RISING STARS, on peut citer en vrac les 4400 ou HEROES voire même le AMERICA’S GOT POWERS de Brian Hitch. C’est à se demander pourquoi il n’y a jamais eu de procès pour plagiat. Les personnages principaux sont intéressants (même si certains sont un peu clichés quand même) et l’intrigue prend corps petit à petit, pour finir sur un retournement de situation qui lance parfaitement la deuxième partie
Vraiment JM Straczynski a de très bonnes idées, c’est bien écrit et bien fichu.
En revanche le dessin……
Quelle horreur. Ce n’est pas compliqué, il n’y en a aucun pour rattraper l’autre. Cela donne une impression de dessinateur des années 90-2000 qui essaye désespérément de pomper le style de MARC SILVESTRI ! C’est vraiment moche à en pleurer. Tous les défauts des comics TOP COW. Alors oui, si on compare à une petite partie des comics d’aujourd’hui (où parfois ce sont les mêmes qui officient genre LASHLEY) , c’est forcément un peu meilleur, mais vraiment , ça ne met pas en valeur le scénario de Stracz, qui aurait mérité quelque chose d’un peu plus subtil.
J’avoue que j’ai attaqué le deuxième tome de la version Française avec une grande appréhension. C’est en fait cette partie-là du récit qui m’avait fait abandonner la série dix ans plus tôt. Et pourtant, j’ai eu une bonne surprise. Je m’attendais à une réelle baisse de la qualité de l’histoire mais il n’en est rien. C’est peut-être un peu moins personnel que lors du premier volume, et le travail du scénariste est peut-être un peu moins bien ciselé, mais on passe un excellent moment.
IL y a un trou de cinq ans entre ce volume et le précédent, et je trouve, à ma grande surprise encore une fois, que JMS le gère carrément bien.
Il arrive à créer une menace à grande échelle tout en continuant de développer certains petits aspects de la vie de ses héros, avec toujours ce ton assez personnel qui caractérise l’auteur. Cela fonctionne donc plutôt pas mal. En revanche, niveau dessins, c’est assez immonde. Lashley et Zanier nous offrent tout ce qu’on ne regrette pas des années 90 avec des prestations dégueulasses ou proportions incertaines se mélangent à un manque de storytelling et de créativité et où il devient impossible de distinguer qui est qui. Heureusement, arrivent pour les trois derniers numéros Stuart Immonen et Brent Anderson (qui restera jusqu’à la fin) et qui finissent de me convaincre que s’ils avaient été là dès le départ, les gens parleraient de RISING STARS autrement.
Eh ben, globalement, c’est peut-être un peu en dessous du premier volume, mais cela reste en tout cas plutôt bien fichu.

Et il faut bien le reconnaître : c’est une excellente surprise! Je sais que Straczynski a eu énormément de mal à terminer son récit (je pense qu’il y a eu plus de deux ans d’écart entre le début et la fin des épisodes de ce volume) et que généralement, tout ce qu’il termine (à l’exception de MIDNIGHT NATION) finit en eau de boudin. C’est d’ailleurs ce qui m’avait fait lâcher la VO de ce titre. Le scénariste nous livre des épisodes d’un excellent niveau, toujours avec un ton intimiste réussi qui semble être sa marque de fabrique. On assiste à la montée en puissance des spéciaux, puis de la résistance de quelques humains vis-à-vis de cette nouvelle révolution. Dans les cinq premiers épisodes, le parti pris de Stracz est résolument optimiste, il démontre comment des super-humains pourraient effectivement résoudre tous les problèmes de l’humanité, à condition que celle-ci le veuille. C’est encore une fois très bien écrit et vraiment de très grande qualité.
Reste les trois derniers épisodes qui constituent l’arc final. Ils sont un peu moins bons, même si encore une fois, quelques idées sont plutôt bien fichues et on sent un peu trop de bons sentiments. L’avant dernière scène en est un exemple parfait, avec l’énergie des spéciaux qui résout tous les problèmes, et on a presque envie de chanter « Heal The World » tellement c’est bon enfant. Mais bon après tout, on a tellement eu de titres dark et glauquissimes depuis des années qu’un peu de guimauve ne fait pas de mal non plus. Après, est ce que ce n’est pas un peu trop pro-Américain ? Je ne le pense pas !
La dernière scène en revanche est vraiment sympathique et clôture parfaitement le récit.
Et la bonne surprise de ce volume, c’est qu’il est dessiné en entier par Brent Anderson et que ça nous change des clones de chez Image, genre Christian Zanier ou Ken Lashley. Le dessin est donc pour ce tome une plus-value non négligeable.

Pour faire le bilan : eh bien je suis surpris de la qualité de RISING STARS. Dans mon souvenir, je le sentais un peu plus mauvais et surtout daté, mais la lecture qu’offre DELCOURT avec ses trois tomes bien séparés nous permet non seulement de redécouvrir le récit en entier et surtout de voir que c’est absolument bien construit. Il y a bien trois actes, et le troisième est loin d’être mauvais. Le gros souci de RISING STARS a été son manque de cohérence et surtout de qualité artistique sur ses douze premiers numéros, mais ce n’est plus le cas vers la fin, puisque BRENT ANDERSON est largement à la hauteur et livre un travail tout à fait honnête. Mais c’est clairement une excellente saga, un peu old school, sans provocation gratuite et avec un scénario qui tient la route.

Titres écartés au profit de celui-ci :
– MIDNIGHT NATION (Straczynski/Gary Frank) : une excellente histoire en douze parties sublimement dessinée
– SPIDER-MAN #471-500 où le scénariste réussit à relancer et à orienter d’une manière tout à fait originale l’histoire de Peter Parker et de Mary Jane et qui font partie des meilleurs épisodes des tisseurs de toile.

67. TOP TEN #1-12, Wildstorm, DC Comics (Alan Moore/ Gene Ha-Zander Cannon)

Alan Moore s’attaque ici au domaine de la série télévisée. En effet, ce TOP 10 est conçu comme une saison de série policière, avec un fil rouge et des épisodes plus ou moins interconnectés. Sauf que cette fois-ci, cela se passe dans une ville (Neopolis) où tout le monde à des superpouvoirs. Nous suivons donc les péripéties d’un commissariat et de ses protagonistes, ce qui pourrait faire penser à HILL STEET BLUES ou THE SHIELD. C’était d’ailleurs l’idée de départ de Moore.
A travers les yeux d’une jeune rookie qui va faire équipe avec un officier un peu rustaud, nous avons droit à douze épisodes où intrigue policière se mêle à de la science-fiction et du fameux « sense of wonder » si cher à l’auteur.
Bien sûr, ce TOP 10 peut faire grandement penser à ASTRO CITY sauf que les thèmes abordés sont bien plus délicats. Là où Kurt Busiek se contente de rendre hommage aux super-héros de son enfance, Moore en profite pour, comme à son habitue, explorer des sujets tels que la religion, la sexualité et flirte même avec la zoophilie (puisque l’un des protagonistes est un officier chien qui parle et qui est très attiré par le gent féminine.
De plus, Gene Ha et Zander Cannon truffent toutes leurs planches de détails absolument délicieux et qui font référence aux super-héros (je me rappelle encore ce background avec un galactus chat qui combat des souris). Cela n’a rien à voir dans l’histoire, cela rajoute simplement du contenu et de la qualité.
De plus, c’est certainement l’histoire la moins compliquée et la plus linéaire du scénariste. En tout cas, c’est une excellente idée pour les gens qui voudraient commencer Alan Moore.

68.2000. EMPIRE #0-6, Gorilla Comics-DC Comics (Mark Waid/Barry Kitson/james Pascoe) 

(Mark Waid/Barry Kitson/James Pascoe)

D’abord publié chez GORILLA, une maison d’édition comprenant les plus grands scénaristes qui a fait long feu, EMPIRE a eu une publication assez erratique, d’abord republié par DC puis revenue chez THRILLBENT (la plateforme de Waid numérique) et publiée en version papier chez IDW. C’est de la première version de la série dont je vais vous parler.
L’histoire est simple : Les méchants ont gagné ! GOLGOTH (une sorte de version détournée du Dr FATALIS) est devenu maître du monde et il a écrasé toute rebellion, ainsi que les derniers super-héros qui ont résisté.
Afin de contrôler ses sbires, il les rend accro à une sorte de pilule (Eucharist) qui amplifie leurs pouvoirs.
Mais rien n’est simple, et Golgoth doit faire face à des menaces et des tentatives de déstabilisation venant de l’intérieur.

Cette bande dessinée est un choc absolu! Elle m’a vraiment retourné lors de ma première lecture.
En effet, WAID et KITSON nous donnent une histoire très adulte, sorte de GAME OF THRONES avant l’heure et qui a certainement inspiré des dizaines de comics depuis lors.
Ce qui m’a le plus impressionné, c’est l’absence de concessions que fait Mark Waid dans cette histoire. Il n’hésite absolument pas à tuer des innocents avec une froideur implacable, proposant des idées à vous glacer le sang. Car ce méchant a aussi des aspects humains. On sent réellement que le scénariste, qui à l’époque publiait la série dans une maison d’édition indépendante où il n’avait de comptes à rendre à personne, se lâche complètement, poussant le bouchon le plus loin possible. Sauf qu’il ne va pas dans la provoc, dans le gore ou la violence.
Oui c’est violent, oui c’est assez dérangeant mais concrètement, Waid livre une histoire sobre et maîtrisée.
Les dessins de Barry Kitson sont au diapason, livrant une prestation parfaite au niveau du travail des deux artistes sur la legion des super-héros.
Un comic-book indispensable !

69. 2001 ACTION COMICS #775 , DC Comics (Joe Kelly/Doug Mahnke-Lee Bermejo)

Cet épisode de Superman est pour moi un véritable petit bijou. En effet, à l’époque où le plupart des séries vendeuses nous proposaient des héros cyniques, méchants et n’hésitant pas à utiliser leurs pouvoirs de manière inconsidérée pour arriver à leurs fins (oui, je pense notamment à Authority), les super-héros « classiques » sont devenus ringards dans l’esprit de beaucoup de lecteurs, notamment le meilleur d’entre eux, Superman.
Combien de fois ai-je entendu la phrase « oui, mais Superman c’est nul, il est trop gentil et trop niais, je préfère nettement Batman qui est … dark… » ou pire « on ne peut rien faire avec ce personnage » ? Trop souvent.
Et c’est une erreur classique. J’aurais tendance à dire qu’on préfère Batman quand on est un ado et Superman quand on devient plus vieux. Et qu »il n’y a pas de mauvais héros, simplement de mauvais scénaristes.
Superman est pour moi le super-héros ultime, celui qui a les pouvoirs d’un dieu mais qui se met à la place des humains. Alors oui, il sauve les petits chatons dans les arbres, mais depuis quand est-ce interdit d’être bon et gentil ? N’est-ce pas le principe de base d’un super-héros? C’est pour cela que je n’adhère pas à la version récente de Superman dans les films de Snyder, c’est pour moi un déni total de l’essence du personnage et un sacrifice de ses fondements principaux pour plaire à une certaine frange du public.
En un seul numéro seulement, Joe Kelly remet à leur place toutes les personnes qui trouvent le personnages nunuche et sans intérêt, en l’opposant à une équipe composée de héros cyniques et méchants, dont le fameux Manchester Black (caricature de n’importe quel super-héros de la ligne Wildstorm) qui reproche à l’homme d’acier de ne pas être assez méchant et de ne pas utiliser ses pouvoirs pour tuer ses adversaires.
Superman va alors lui donner une bonne leçon de morale, utilisant ses pouvoirs de manière assez inédite pour justement prouver que lui, Superman, est bien meilleur que ça.
Je ne vous dévoile pas tout, mais je vous conseille largement de vous pencher sur ce numéro, qui pour moi résumé totalement ce que doit être Superman.
Quelques mots sur les dessins de Doug Mahnke, excellents et de Lee Bermejo, qui alternent et qui sont tout à fait corrects.
Bref, je pourrais faire quatre pages sur le sujet, mais je considère ce numéro comme une pierre angulaire de toutes les histoires faites sur le personnage accompagné d’une jolie réflexion sur ce qu’est devenu le medium dans les années 2000.

Titres écartés au profit de celui-ci:
– Whatever Happened to the Man of Tomorrow (Moore/Swan) qui livre lui aussi une superbe definition du Superman pré-crisis
– JUSTICE LEAGUE ELITE (Kelly/Mahnke) où les deux auteurs reprennent le personnage de Manchester Black au profit d’une justice league plus pro-active.
– JLA : OBSIDIAN AGE par toujours les mêmes auteurs et où le JLA est capturée et disparaît. C’est aux autres justiciers de les remplacer. C’est tout simplement excellent

70.2001. ALIAS #1-9, Marvel Comics (Brian Bendis/Michael Gaydos)

J’aurais pu mettre les premiers épisodes de Daredevil par Bendis et Maleev mais j’ai préféré ces premiers épisodes de la série Alias car à mon sens ils représentent tout ce que Brian Bendis a pu faire de bien à l’époque et tout ce qu’il a apporté.
En effet, ce scénariste qui avait commencé par des graphic novels (le très bon TORSO) puis par des dessins sur WAR MACHINE a commencé à se faire en nom en scénarisant la série SAM et TWITCH chez IMAGE, avant d’être débarqué sur la ligne ULTIMATE. On lui offre ensuite Daredevil et Alias, qui devait à l’origine être une série sur les aventures de Jessica Drew, alias Spider-Woman. Mais le personnage devant être réutilisé, Bendis crée sa propre héroïne, une détective privée dépressive et mal dans sa peau qui essaye de se remettre petit à petit d’un enlèvement. Petit détail : Jessica a des pouvoirs et a même été une super-héroïne nommée Jewel.
Dès le début, Bendis nous offre un récit très adulte, avec des scènes de sexe explicites et une tension comparable à ce que l’on retrouve dans les romans noirs. Jessica est un superbe personnage, parfaitement décrit et tout en sensibilité, entourée par des personnages secondaires plutôt bien sentis et qui va aller explorer les coins les plus sombres de l’univers Marvel.
Ici il s’agit de retrouver une personne disparue, qui va l’entraîner dans un complot à plus large échelle. Elle sera notamment accusée de meurtre et confrontée à Rick Jones, le président des USA et Captain América.
De plus, les dessins de Mike Gaydos correspondent parfaitement à cette ambiance plus adulte et plus mature.
D’habitude, on encense Brian Bendis pour ses dialogues, ici je trouve qu’il est nettement meilleur sur son intrigue et sur l’exploration intérieure de ses personnages.
Relu très récemment, cet arc est vraiment d’une très grande qualité.

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. ARROWSMITH dit :

    Je choisirai plus le CABLE de Casey que son Deadlock.

    Je trouve qu’Alias a vieil mais pourquoi pas.

    Il faudra qu’un jour je lise Promethea.

    Aimé par 1 personne

  2. Promethea c’est vraiment intéressant mais il faut faire des efforts !

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  3. Arrowsmith dit :

    De toute façon j’ai son Swamp Thing à découvrir avant (il m’attend dans ma haute pile qui a tendance à diminuer en ce moment).

    Le format tabloid pour le récit de WAID joue énormément. Agréable à relire mais pas si extraordinaire. Je ne l’aurais pas pris.

    Tout a fait d’accord pour le Inhumans de Jenkins/Lee et je choisirais Midnight Nation plutôt que Rising Stars qui a trop de casseroles malgré une histoire bien menée et cohérente jusqu’au bout.

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