Top 100 : Partie 8 (2001-2005)

71. 2001  Sera N° 4 dans mon TOP 10
72. 2002 ULTIMATES vol 1  #1-6, Marvel Comics (Mark Millar/ Bryan Hitch/Paul Neary)

 

Afin d’attirer de nouveaux lecteurs, MAVREL crée au début des années 2000 une nouvelle ligne de comics, la ligne ULTIMATE qui laisse aux plus grands créateurs l’opportunité de moderniser les origines des personnages iconiques de la firme. On a donc droit à ULTIMATE SPIDER-MAN par BAGLEY et BENDIS, ULTIMATE X-MEN par MILLER et KUBERT et quelques mois plus tard, ULTIMATES (qui reprend une version modernisée des vengeurs) par le même MILLAR mais avec cette fois-ci BRYAN HITCH, qui sort de la JLA chez DC Comics.
On connaît bien Mark Millar et en dépit des très nombreux défauts que possède ce scénariste, il faut reconnaître qu’il a véritablement lancé une nouvelle mode : celle des comics directement adaptables au cinéma. Et c’est exactement ce qui se passe avec cet Ultimates, dont les designs sont modernisés et dont les personnages ressemblent à des acteurs connus.
Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si toute la ligne des films MARVEL s’inspire grandement des ULTIMATES, en commençant par le Nick Fury noir campé par Sam L. Jackson croqué par Hitch dans ces épisodes.
Alors oui, ce ULTIMATES est une bande dessinée importante dans la mesure où elle va influencer les designs des films actuels et va lancer, avec l’aide de Bryan Hitch toute une mode « photoréaliste ». Marvel va en effet demander pendant plusieurs années à tous les dessinateurs maisons d’adopter un style de ce type, laissant petit à petit de côté les dessinateurs au style plus affirmé. Cela a eu des effets absolument catastrophiques pour les dessinateurs, le premier exemple me venant en tête étant celui de Greg Land, dessinateur capable de faire de très bonnes choses (rappelez-vous les Birds of Prey, Nightwing) et qui ne fait depuis que des photocopies d’acteurs ou d’actrices pour ses dessins. On aurait pu dire la même chose de Salvador Larocca ou encore de Mike Deodato jr (même si dans ce cas-là c’est plutôt une amélioration).
Bryan Hitch quant à lui est à l’aise dans ce style et livre une excellente copie. C’est peut être son dernier bon travail car je trouve que depuis, il a eu beaucoup de mal à aligner les bonnes prestations (comme ses Fantastic Four ou Age of Ultron).
Mais ces ULTIMATES ne sont pas essentiels que pour les dessins et ce qu’ils ont apporté par la suite, les six premiers numéros forment une histoire vraiment intéressante (je n’ai pas pris les six derniers car je trouve que cela perd en intensité), où Millar prend le temps de décrire ses personnages et où, pour une fois, il le fait en toute humilité et en développant énormément les caractères de ses héros. C’est sensible, prenant et je me rappelle avoir pris une claque énorme à la lecture du premier recueil contenant ces six numéros, la scène de bataille entre Hank Pym et la guêpe étant tout simplement saisissante.
Cela a peut-être vieilli, je ne sais pas, je ne l’ai pas relu depuis un moment, mais c’est en tout cas un comics que je conseillerais à des gens qui auraient aimé les films.
Dommage que Millar n’ait pas transformé l’essai, ses ULTIMATES vol 2 étant largement en dessous et sa production post-Marvel étant quasiment calamiteuse (de Kick-Ass à Nemesis en passant par Wanted) . Il s’est depuis repris et livre une excellente série, JUPITER’S LEGACY.
Pour moi c’est en tout cas son meilleur travail.

Titres écartés au profit de celui-ci:
– ULTIMATE SPIDER-MAN, qui est certainement la série faite pour Brian Bendis.
– JUPITER’S LEGACY, de MIllar et Quitely qui arrive à faire du neuf avec un sujet vu et revu (un monde, des héros, etc…)

73. 2002 WILDCATS 3.0 #1-12 , Wildstorm, DC Comics (Joe Casey/Dustin N’Guyen)

Ce volume nous raconte la troisième version de l’équipe de super héros de JIM LEE.
Enfin, super héros, c’est vite dit, puisque JOE CASEY, excellent auteur de comics trop sous-estimé continue ce qu’il a avait commencé à amorcer sur le précédent volume, à savoir des histoires de moins en moins super héroïques et de plus en plus fantastiques avec un côté réaliste, à l’instar de ce que peut faire BRIAN K. VAUGHAN sur EX MACHINA.
La filiation entre ces deux titres est d’ailleurs totalement évidente et répond à une question qui a taraudé tout fan de comics, à savoir que se passerait il réellement si des êtres avec des super pouvoirs existaient. VAUGHAN nous en donne une version avec EX MACHINA, où le super héros devient maire de la ville pour changer les choses. Ici, c’est beaucoup plus radical : SPARTAN (oui, le cyborg bourrin et unidimensionnel des WIldcats de Lee) est devenu le leader de HALO CORPORATION, et comme il a compris qu’il ne pourrait pas changer le monde, ce dernier étant trop corrompu par les corporations et les grosses entreprises, il décide tout simplement de le racheter, en distribuant via de la publicité des biens issus de sa technologie extraterrestre ( à savoir pour le moment des piles et des batteries à durée de vie illimitée). A gros coup de dollars, SPARTAN va donc racheter petit à petit toutes les entreprises concurrentes, pour devenir un leader industriel mondial, considérant que s’il ne peut plus sauver le monde, mieux vaut le contrôler. Voilà donc HALO CORPORATION à la tête d’une légion de cabinets d’avocats, d’agences de publicité et d’usines à travers la planète. L’idée de base est quand même savoureuse. Se pose alors une simple question : comment introduire un suspense, puisqu’il ne sera pas possible de créer une menace. Sur les six premiers épisodes, CASEY y arrive plutôt bien. Il va en effet ressortir des personnages de son ancien run, à savoir AGENT ORANGE et CC REDONZZO (même si cette demoiselle avait été créée pour WILDCATS 2 par LOBDELL et CHAREST), en tant qu’espionne industrielle. Les intrigues sont multiples et très bien ficelées, avec finalement beaucoup d’action !
En effet, GRIFTER est présent en tant que main armée de SPARTAN, et on a droit à de très bonnes scènes de bagarre et de fusillades.
Niveau dessin, c’est DUSTIN N’GUYEN, que j’avais remarqué sur AUTHORITY REVOLUTION qui nous donne un travail un peu plus fin cette fois ci (en fait WILDCATS est sorti avant AUTHORITY) qui fait tout de suite penser à du TRAVIS CHAREST, mais en plus régulier et surtout en plus dynamique. Le fait que ce soit RICHARD FRIEND à l’encrage n’est certainement pas innocent non plus, puisque c’est lui qui encrait CHAREST sur les CATS volume 2.
Bref, une petite série extrêmement bien pensée, avec de très bonnes idées et des dessins absolument impeccables. Des clins d’œils aussi, avec l’apparition de MAXINE MANCHESTER en tant que « personnage animé symbolisant la marque  » HALO « .
CASEY est au meilleur de sa forme et les sublimes covers de NGUYEN méritent à elles seules l’achat du bouquin.
Dans les épisodes qui suivent, CASEY continue de mettre son plan de domination mondiale à exécution, faisant de SPARTAN (pardon, JACK MARLOWE) et de sa firme HALO une marque en laquelle les consommateurs peuvent avoir confiance à grand coup de chaines de télévisions et de monopole des médias.
CASEY réussit haut la main à prolonger l’intérêt de la série en se concentrant sur la garde rapprochée de JACK MARLOWE, ses hommes de mains chargés de faire le sale boulot à sa place. Car on ne peut pas réussir à contrôler un monde pourri sans se salir un peu les mains. On reconnaîtra donc GRIFTER et de nouveaux personnages, l’agent WAX (taupe de MARLOWE dans les agences gouvernementales aux pouvoirs hypnotiques) ; EDWIN DOLBY, un de ses comptables qui semble avoir un don naturel pour les armes à feu, son compère SAM GARFIELD.
Tout ce petit monde s’agite donc au gré des manipulations de MARLOWE, robot qui veut être meilleur que les humains.
Cela fait déjà un casting fort étoffé pour une série, et c’est encore mieux quand CASEY s’intéresse profondément à chacun de ses personnages, qui ne sont ni blancs, ni noirs (l’agent WAX est un salaud qui utilise ses pouvoirs pour se taper la femme de son patron, alors que DOLBY ne comprend pas ce qu’il fait ici et pourquoi GRIFTER l’entraîne aux armes à feu.)
Nous livrant des véritables petits joyaux, aussi bien dans les idées que dans les dialogues et son exécution du plot global.
On ne s’ennuie pas une seconde et la diversité du casting permet à l’auteur d’aller un peu où il veut, utilisant l’action (lorsque GRIFTER , mortellement blessé incite DOLBY à, prendre sa place) ; la manipulation et les intrigues plus complexes.
Bref, c’est splendide, intelligent, cru et rude, mais toujours plein d’action.
Les intrigues secondaires se mettent en place petit à petit, et on s’aperçoit que le scénariste a déjà une bonne idée de la manière dont il va faire évoluer les choses.
De plus, les dessins de DUSTIN NGUYEN, sans être à tomber par terre, sont excellents, ce dernier se détachant de plus en plus du style TRAVIS CHAREST de ses débuts pour arriver à son propre style, plus rond et lisse, et en tout cas plus dynamique. Il y a beaucoup d’idées dans chacune de ses planches et comme c’est lui qui signe tous les numéros, pas de problèmes de cohérence graphique.
C’est un peu de la politique fiction, matinée d’action et de super héros, un peu à l’instar de EX MACHINA, mais en encore plus fort, plus dérangeant et plus brillant.
INDISPENSABLE !!!
Je n’ai malheureusement jamais réussi à mettre la main sur les épisodes qui suivent !!!!!

74. 2002. WONDER WOMAN : HIKETEIA (Greg Rucka/ J.G.Jones), DC comics

Difficile de ne pas faire un TOP 100 sans inclure Greg Rucka, qui a livré au début des années 2000 un run d’anthologie sur notre Amazone préférée. Rucka est un auteur de romans policiers, très à l’aise avec les personnages de femmes fortes. Son run faisant une cinquantaine de numéros, j’étais déjà en train de me creuser la tête pour savoir quoi choisir, mais c’était oublier que l’une des premières incursions de l’auteur dans l’univers de Wonder Woman étaient sur ce one-shot, nommé HIKETEIA, qui confronte notre héroïne à Batman !
Dans cette histoire, WONDER WOMAN a prêté serment de protéger jusqu’à la mort une jeune femme, nommée Danielle, qui a commis un meurtre : elle a en effet exécuté les dealers qui avaient abusé de sa sœur. Ce qui la met en opposition directe avec Batman, qui cherche la justice.
Dans cette histoire, Rucka donne vraiment énormément de profondeur à Diana, faisant de cette héroïne un personnage en chair et en os, avec des faiblesses et des côtés sombres, ce qu’on avait rarement vu encore.
Et force est de reconnaître que c’est une réussite totale. A la relecture on a vraiment l’impression de lire ENFIN du Wonder Woman en tant que princesse mais aussi en tant que femme. Pas une caricature, pas une guerrière, un être humain et c’est à mon sens l’une des meilleures histoires de Wonder Woman, même si Rucka utilisera la série principale pour développer d’autres facettes encore plus intéressantes de notre Amazone.
Niveau dessins, rien à dire puisque c’est le dessinateur surdoué J.G. Jones qui s’occupe de la partie graphique, pour des planches absolument divines. Ca tombe bien !
Très conseillé, de même que la série WONDER WOMAN réalisée par Rucka !

 

75. 2002 Y THE LAST MAN #1-5 (Brian K. Vaughan/Pia Guerra), DC Comics
 

Première apparition dans ce top de  Brian K. Vaughan, scénariste qui a réussi le tour de force de proposer quasiment au même moment deux séries de très grande qualité, EX MACHINA avec Tony Harris et Y THE LAST MAN, qui a fait les beaux jours de la ligne VERTIGO et qui l’a consacré comme l’un des meilleurs scénaristes de ces dernières années. J’aurais pu citer aussi PRIDE OF BAGHDAD, mais j’ai choisi les premiers numéros de Y car le concept est fort intéressant. En effet, tout commence alors que YORICK BROWN est tranquillement chez lui, en train de téléphoner à sa petite amie BETH (qui se trouve en Australie ) et de la demander en fiançailles lorsque toute la population mâle de la Terre disparaît dans d’atroces souffrances (les animaux, les fœtus etc… ) et dans des circonstances inexpliquées. Sauf YORICK et son petit singe mâle AMPERSTAND survivent à cette extinction de masse. Alors que ce premier tome se consacre aux évènements qui font suite la disparition de la moitié de l’humanité, on suit aussi les aventures de Yorick, qui part à Washington rejoindre sa mène sénatrice et à son association avec la scientifique ALISON MANN (la seule capable de pouvoir cloner des humains et donc de permettra à la race humaine de ne pas s’éteindre) et l’agent secret 355.
A la relecture, ces cinq premiers numéros sont tout simplement excellents. Vaughan développe une intrigue passionnante, dans la mesure où le gros mystère (la disparition des hommes) peut être expliqué de plusieurs manières différentes : est-ce la faute à une amulette mystérieuse portée par 355 qui l’avait volé en Jordanie ? Ou alors la naissance du bébé cloné de MANN ? Un virus ? Une arme bactériologique lancée par un pays ennemi ? Un acte de dieu ? Est-ce l’anneau que YORICK a acheté qui le protège ?
Bref, le point de départ est assez addictif et plutôt bien lancé. Mais Y ne repose pas que sur ça. Cette bande dessinée permet aussi de voir comment les femmes vont se débrouiller dans ce monde privé d’hommes et pouvoir créer une toute nouvelle société. C’est très étalé dans le temps (en gros trois mois se passent entre la premier et le cinquième numéro), YORICK mettant deux mois à rejoindre WASHINGTON en partant de NEW YORK, car toutes les routes sont impraticables, les voitures et les accidents ayant été nombreux. Cela permet aussi une étude intéressante : les hommes disparus, allait-on assister à une meilleure société ? Quelque chose de plus délicat ? Pas du tout ! Dès le début, les luttes de pouvoir sont nombreuses, que ce soit à WASHINGTON où on a une opposition entre les républicains et les démocrates qui tourne au carnage, ou les actes de violence des Amazones (une secte qui a vu le jour après l’extinction). La société n’est pas devenue meilleure, loin de là, mais c’est compréhensible dans la mesure où tout le monde cherche à s’adapter.
Parlons un peu de notre héros : YORICK est un jeune étudiant qui faut son malin, et il faut dire, il a de quoi puisque c’est le dernier représentant de la masculinité sur Terre. Le fait d’avoir été choisi (on ne sait pour quelle raison) lui donne une sorte d’arrogance assez sympathique. Il est très intelligent mais va toujours tenter des choses aberrantes pour sortir les gens de la panade. Il n’hésitera pas, par exemple, à se dévoiler à toutes les représentantes du congrès pour arrêter la bataille rangée entre les deux camps, au risque de se faire tuer. Il a une sorte d’insouciance de la jeunesse, qui colle parfaitement avec les dialogues extrêmement bien ciselés de BRIAN K. VAUGHAN. Son seul but est de retrouver sa fiancée, ce qui est très noble quand finalement, on a toutes les femmes du monde à sa disposition.
VAUGHAN, comme à son habitude insiste aussi sur les petits détails de la vie quotidienne, truffant ses épisodes de références musicales, cinématographiques ou littéraires compréhensibles par tous et qui finissent d’ancrer nos personnages dans la réalité. L’identification est forcément immédiate.
Les dessins de PIA GUERRA conviennent eux aussi parfaitement, c’est clair, lisible, et si l’on a parfois un peu de mal à reconnaître les protagonistes (toutes féminines, ce n’est pas évident), son dessin est efficace et joli, elle dessine les femmes sans toutes en faire des top-modèles, mais elle leur donne toujours un petit quelque chose en plus. Pia Guerra est un avantage considérable pour ce volume absolument impeccable, qui a le mérite non seulement de présenter un casting assez nombreux et bien développé, une intrigue innovante et efficace, diverses options de résolution et surtout un fil rouge qui sera finalement non pas le pourquoi de la disparition des gens, mais surtout la quête de YORICK pour retrouver sa petite amie. Quel dommage qu’elle ne produise plus de comics, j’aurais adoré la voir croquer les personnages de Fantastic Four par exemple.
Vraiment impeccable, une entrée en matière parfaitement réussie !
Et ce n’est pas fini !
Si la série va connaître quelques hauts et quelques bas, surtout vers les épisodes 40, VAUGHAN nous livrera des derniers épisodes d’anthologie, concluant sa série de la meilleure des manières, ce qui est assez rare pour être signalé.

 

Titres écartés au profit de celui-ci:
– EX MACHINA, tout du moins les dix premiers numéros.
– PRIDE OF BAGHDAD, qui raconte les aventures des animaux du zoo de Bagdad bombardé par les Américains

76.2003 GOTHAM CENTRAL #12-15 , DC Comics (Greg Rucka- Ed Brubaker/ Michael Lark / Stefano Gaudiano )

Eh oui, encore du Greg Rucka mais cette fois-ci accompagné d’Ed Brubaker pour ce qui est certainement la meilleure série Batman des années 2000, à savoir GOTHAM CENTRAL. Quand je dis série Batman, ce n’est pas tout à fait vrai puisque GOTHAM CENTRAL nous raconte  (une fois de plus) la vie quotidienne des policiers de GOTHAM, qui sont souvent pris entre les criminels et le justicier chauve-souris qui n’apparait quasiment jamais dans la série. Et c’est cet arc, qui les met face au Joker, qui me semble le plus représentatif de la série en général, qui est excellente de bout en bout.

Un tireur fou abat plusieurs notables de la ville, notamment le maire et créant un effet de panique dans la population Gothamite.
Ce que j’ai le plus préféré dans cette histoire, c’est surtout la découverte de l’identité du méchant (le JOKER donc) et l’effet que cela produit chez les flics du commissariat sous-payés parce qu’on leur refuse des heures supplémentaires et qui se retrouvent finalement confrontés au mal absolu, au pire méchant de l’univers DC.
Cela fonctionne parfaitement dans la mesure où Rucka et Brubaker sont des experts de la police et des enquêtes criminelles, et qu’en plus ils écrivent très bien. On a donc un casting pléthorique, composé d’au moins une dizaine de flics, mais qu’on reconnait très facilement car ils sont tous très bien développés. Et c’est à mon sens dans cet arc-là qu’on se rend compte de leur position plus que délicate, entre des criminels trop forts et trop dérangés pour de simples officiers et un justicier qui ne leur dit rien de ses agissements. La fin d’ailleurs rajoute d’ailleurs une épaisseur au mur qui sépare Batman des officiers.
En plus, les dessins de Michael Lark sont sublimes, magnifiés par l’encrage un peu sombre de Stefani Gaudiano. Lark est un superbe dessinateur,  un peu trop sous-estimé et méconnu, mais qui mériterait sans aucun problème sa place au panthéon des meilleurs dessinateurs du début des années 2000. Il est capable de dessiner de nombreuses cases sur une page et de représenter une dizaine de policiers en uniforme tout en leur donnant des caractéristiques et un langage corporel différent, ce qui permet de les différencier du premier coup d’œil. Et lui aussi est tout à fait capable de représenter le Joker sans avoir recours à des effets gore ou sanglants, il est représenté de manière assez réaliste et cela suffit largement pour le rendre terrifiant.
GOTHAM CENTRAL est donc une série policière, qui entre deux enquêtes particulièrement réussies et assez réalistes finalement nous donne un aperçu des relations qui pourraient exister entre des policiers lambda et un über-justicier comme Batman.
URBAN vient de ressortir l’intégrale de la série en quatre volumes, je vous incite vraiment à vous les procurer !
 

 

Titres écartés au profit de celui-ci :
– CAPTAIN AMERICA d’Ed Brubaker et Steve Epting, qui redéfinit complètement le personnage de Steve Rogers et lui a donné ses lettres de noblesse.
– QUEEN AND COUNTRY, une série d’espionnage par Greg Rucka et différents dessinateurs qui s’intéresse au MI-6.
– IRON FIST par Brubaker, Fraction et Aja qui redéfinit ce personnage de second ordre.

77. 2003 TRUTH #1-7 : RED, WHITE and BLACK, Marvel Comics (Robert Morales/ Kyle Baker)

TRUTH : RED , WHITE & BLACK est une mini-série en 7 parties publiée par MARVEL COMICS en 2003. (De Janvier à Juillet) ; elle est écrite par ROBERT MORALES ; dessinée par KYLE BAKER et éditée par AXEL ALONSO. Elle nous dévoile les expérimentations faites par l’armée américaine sur les soldats afro américains pour recréer la formule du super soldat à l’origine de CAPTAIN AMERICA ainsi que l’apparition d’ISAIAH BRADLEY , premier CAPTAIN AMERICA noir, durant la deuxième guerre mondiale.

An 2000 : lors d’une réunion éditoriale, JOE QUESADA (rédacteur en chef de MARVEL) et BILL JEMAS (président) ont une idée pour créer la polémique et faire parler d’eux: faire un CAPTAIN AMERICA noir ! Il faut dire que MARVEL est en plein renouveau après la faillite artistique et financière de la fin des années 90 et que l’arrivée de BILL JEMAS a changé les choses. Son plan de communication est très simple: faire de la hype , créer du buzz, utiliser les médias à fond pour faire parler des projets de sa firme, ce qui implique de prendre des décisions souvent osées en terme de publication. Les exemples sont nombreux; comme réduire la taille de la franchise X-MEN , le fer de lance de l’entreprise à l’époque; confier certaines séries très classiques à des créateurs indépendants qui peuvent faire ce qu’ils veulent avec la séries (on pense bien évidemment à X-FORCE / X-STATIX par le duo MILLIGAN/ALLRED) ; faire venir des scénaristes de la télévision (JM STRASZYNSKI sur SPIDER-MAN) ou encore publier des histoires plus adultes, plus choquantes à grand renfort de publicité (comme le RAWHIDE KID, personnage de western faisant son coming out ).
Il est bien évident que cette idée du CAPTAIN AMERICA noir est à la base lancée pour faire jaser les fans et créer de la publicité autour de la série.
Mais on ne plaisante pas vraiment avec la sacro-sainte continuité, et l’idée de base est que ce CAPTAIN AMERICA noir apparaisse dans un nouvel univers, l’univers ULTIMATE, qui propose une modernisation des super héros classiques de MARVEL pour les jeunes lecteurs. L’idée sera abandonnée en cours de route et c’est NICK FURY qui changera de couleur de peau au final dans la ligne ULTIMATE.
JEMAS et QUESADA choisissent de confier la série à ROBERT MORALES et à KYLE BAKER, avec AXEL ALONSO en tant qu’éditeur. ALONSO a été fraîchement débauché par MARVEL de VERTIGO (une ligne adulte chez DC comics) et est plutôt connu pour son approche assez novatrice et radicale des comics. C’est en effet lui qui a édité la série PREACHER par GARTH ENNIS et STEVE DILLON, série à ne pas mettre entre toutes les mains.
Le pari est osé, et MORALES commence à faire des recherches. La première chose qui lui vient à l’esprit c’est le fameux projet TUSKEGEE et son scandale.

Petit rappel historique: le TUSKEGEE SYPHILIS EXPERIMENT (ou PUBLIC HEALTH SYPHILIS STUDY) est une étude clinique menée par le gouvernement Américain de 1932 à 1972 à TUSKEGEE, dans l’ALABAMA. Son but : recruter des afro Américains atteints de la maladie et observer la progression naturelle de l’infection sans aucun traitement. Cette étude a posé d’énormes problèmes éthiques, surtout après 1940 et l’arrivée de la pénicilline quand il a été prouvé que les docteurs ne traitaient pas les patients malades et les empêchaient même d’aller se soigner ailleurs. L’étude s’arrête après que le projet soit révélé dans la presse, ce qui déclenche un scandale sanitaire, obligeant le gouvernement à changer la loi sur la protection des sujets dans les tests cliniques aux USA (loi toujours en vigueur).

MORALES et ALONSO partent du principe que l’armée Américaine aurait plutôt fait des tests sur des noirs avant de lancer le sérum du super soldat sur un jeune blanc frêle et de bonne famille.
MORALES continue ses recherches et découvre que la vérité historique est encore pire que ce qu’il avait imaginé : en effet, la période de la seconde guerre mondiale n’était pas un grand moment de fraternité et d’union aux USA, les afro-américains ayant vécu une des périodes les plus noires en terme d’intégration lors de ces années. La ségrégation militaire empêchait en réalité les soldats noirs d’aller au combat, ils étaient uniquement confinés dans des unités « noires » (on ne mélangeait pas les couleurs à l’époque) qui faisaient les corvées tandis que les bons Américains partaient se battre contre l’ennemi.

Le synopsis de MORALES est donc très noir, et très sombre; il se révèle être non seulement un coup porté à la continuité du CAPTAIN AMERICA actuel, mais aussi une charge violente contre le gouvernement Américain et ses agissements envers la communauté afro-américaine pendant la guerre de 1940. A tel point que MORALES pense que son script ne sera pas accepté.
Il aura quand même le feu vert, mais la série va être mise en stand-by pendant quelques temps à l’issue du 11 Septembre. En effet, après l’effondrement des tours jumelles du WORLD TRADE CENTER; l’ambiance est plus à l’union et au retour des valeurs patriotiques, aux super héros colorés et à la moralité tranchée. Par exemple, la série CAPTAIN AMERICA classique va tripler ses ventes en proposant un CAP ne se battant plus contre crâne rouge, son ennemi nazi, mais contre les talibans en Afghanistan. Il semble difficile à cette époque de ternir le symbole de l’Amérique en publiant une histoire où ses pouvoirs sont issus d’expérimentations sur les noirs.
Au fil des mois et du mandat de GEORGE BUSH, la tendance va s’inverser et le projet TRUTH reçoit le feu vert !
Son premier numéro fait un véritable tollé parmi les fans, qui ne supportent pas que les origines de leur super héros préféré soient entachées par les expériences faites sur les afro-américains. Ils ne veulent pas du tout que l’on touche à la continuité de STEVE ROGERS. Et pourtant, le premier numéro ne nous présente que trois personnages, censés incarner les différents aspects de l’Amérique noire de l’époque.
– MAURICE CANFIELD , riche , bien élevé et socialement (plutôt) intégré, communiste et qui commence à se battre pour les droits civiques. Personnage enragé et engagé.
– LUCAS EVANS, un ancien militaire, défiguré et qui a bien connu la ségrégation au sein de l’armée, d’ailleurs, il s’est retiré et pense à se suicider.
– ISAIAH BRADLEY, un jeune homme assez naïf et très amoureux de FAITH, son épouse enceinte, qui se prend la ségrégation en pleine poire.
Dès le premier numéro, les paris sont ouverts pour savoir lequel des trois va devenir le CAPTAIN AMERICA. Je ne vous dévoile pas la suite.
TRUTH est une œuvre à part dans l’univers MARVEL, très engagée (trop parfois , ce qui dénature un peu le propos) et c’est dommage que les recherches historiques de MORALES n’aient pas été accompagnées de recherche sur le personnage de CAPTAIN AMERICA, ce qui aurait permis d’éviter certains problèmes de continuité qui à postériori l’ont obligé à faire des remaniements en cours de route. Le scénario est quand même plutôt sympathique, même s’il ne peut pas éviter parfois certaines lourdeurs, en ce qui concerne les dessins, personnellement je trouve qu’ils fonctionnent plutôt bien, mais ils sont à l’opposé de la production actuelle , où le style réaliste à la limite du roman photo est quasiment imposé par les grandes maisons d’édition. C’est en tout cas original.
Pour finir, ROBERT MORALES se verra proposer les rênes de la série régulière CAPTAIN AMERICA, mais il sera vite remplacé à la suite d’une aventure où il placera CAPTAIN AMERICA dans le camp de GUANTANAMO, comme quoi, on ne se refait pas!


78. 2003 B.P.R.D #8-68 PLAGUE OF FROGS , Dark Horse Comics (Mike Mignola-John Arcudi/Guy Davis)

J’ai toujours eu un peu de mal à accrocher à l’univers de la série HELLBOY, le titre principal ne m’ayant pas assez captivé pour me permettre d’aller au-delà du premier ou du deuxième recueil.
Pourtant, à l’issue de la publication de l’arc BPRD PLAGUE OF FROGS en quatre énormes volumes, j’ai décidé de franchir le pas au vu des retours positifs sur cette série.
Et j’ai bien fait de les acheter, car c’est tout bonnement exceptionnel. Cette fois-ci, c’est impossible de détacher un arc en particulier car si l’histoire est pourtant composée d’une dizaine d’arcs différents, elle forme un tout, nos héros du BPRD devant combattre la menace des grenouilles (des envoyées démoniaques) tout au long des soixante épisodes.
Que dire ?
Pour ceux qui ne connaîtraient pas, le BPRD est la cellule d’enquête sur le paranormal dans lequel officie Hellboy. Il est composé de plusieurs personnages aux pouvoirs différents, comme Abe Sapien ou encore Liz Sherman, Johann Kraus ou Roger the Homonculus, à savoir une chose créée par alchimie.
Si au départ la série se pose comme une succession de one-shots assez différents, elle prend une toute autre tournure à l’arrivée de Guy Davis, dessinateur au style assez particulier et très différent de celui de Mignola. C’est avec Davis et John Arcudi, scénariste trop souvent sous-estimé que la série prend sa vitesse de croisière et nous livre non seulement une histoire formidable, qui n’a pas peur de faire des dégâts sur l’univers d’HELLBOY (destruction de villes, mort de personnages importants) mais aussi sur ses personnages, qui vivent, meurent , évoluent d’une manière très subtile. Intrigue au long cours dans laquelle nos héros vieillissent à vitesse réelle, ce PLAGUE OF FROGS est un véritable chef d’œuvre, impeccablement dessiné, superbement écrit avec une trame démoniaque que ne renierait absolument pas Lovecraft.
On peut en plus la lire sans trop connaître l’univers d’Hellboy. Je l’ai lue intégralement l’année dernière et cela à été mon coup de cœur de l’année.
Plus que conseillé, pour les gens qui auraient du mal avec les super-héros et qui aiment les histoires à base de magie, de démons et les ambiances rétro-gothiques. C’est simplement PARFAIT !

79. 2004 SUPERMAN SECRET IDENTITY, DC Comics (Kurt Busiek/ Stuart Immonen)

Récit situé dans l’univers ELSEWORLDS (c’est-à-dire hors continuité), Kurt Busiek nous raconte l’histoire du fameux SUPERBOY TERRE PRIME, à savoir la Terre où tous les héros sont des personnages de fiction (donc en gros notre terre à nous) et où un seul personnage est doté de pouvoirs. BUSIEK nous joue la carte d’un jeune garçon qui s’appellerait CLARK KENT dans un monde identique au notre, où SUPERMAN n’existe qu’à travers les comics. Sauf que ce garçon va découvrir qu’il a les mêmes pouvoirs que le héros de papier. L’histoire est assez simple : en gros, que se passerait-t-il si un jour quelqu’un avait des pouvoirs similaires à Superman dans notre monde réel à nous ?  Ce qui est bien avec BUSIEK, c’est qu’il ne cherche pas à échapper aux incohérences de la bande dessinée de super héros, il utilise ici toutes les failles possibles (la recherche ADN, les empreintes que forcément le héros va laisser à chaque fois qu’il intervient) des histoires de super-héros. Et notamment des siennes, puisqu’il a écrit des comics Superman. Comme il a pu le faire avec MARVELS, BUSIEK est très bon quand il s’agit de décrire la réalité, il nous livre donc une histoire en quatre parties, qui raconte toute la vie de CLARK et il fait très peu d’erreurs. On comprend totalement les réactions de Clark et celles des gens qui l’entourent, c’est fait avec une finesse et une sensibilité assez rare dans les comics. Il est de plus aidé dans sa démarche par un STUART IMMONEN qui dessine des planches à tomber par terre, avec un style extrêmement réaliste qui est à mille lieues de ce qu’on a pu le voir faire chez Marvel récemment. Ce qui est génial avec IMMONEN, c’est que tout en produisant un dessin très réaliste, il réussit à conserver son style propre, ce qui donne des planches très dynamiques aussi, prouvant qu’on peut très bien réaliser les deux à la fois.  Sincèrement, un des comics les mieux dessinés de tous les temps, c’est vous dire !!!!
Et puis quelle histoire ! Tout en nous décrivant un personnage imaginaire qui n’est pas Superman, les deux auteurs magnifient les failles de ce héros de papier !
Une des meilleures histoires de Superman, en tout cas la mieux dessinée !
Titres écartés au profit de celui-ci:
– IT’S A BIRD du duo Seagle/Kristiansen, une étude sur le personnage et comment il peut être abordé par les auteurs.

 

80. 2005 ALL STAR SUPERMAN , DC Comics (Grant Morrison/Frank Quitely)
 

L’histoire en quelques mots : Superman est mourant après avoir été trop exposé à des radiations solaires. Avant sa disparition, il en profite pour faire le tour de sa vie, de ses espoirs, passer ses derniers instants avec ses proches et régler les affaires courantes.

Voici l’hommage ultime de Grant Morrison à l’un de ses personnages préférés, le dieu solaire qu’il a décrit dans son livre SUPERGODS.
Et il faut reconnaître que c’est vraiment très bien fichu. Morrison montre qu’il connaît parfaitement tous les rouages et toute la mécanique de Superman et nous révèle sa vraie substance tout en continuant à approcher ses thèmes favoris : la création et l’interaction avec ses créateurs. Il y a aussi un peu de bizarre, de surprenant et le scénariste Ecossais truffe son histoire de références aux comics des années 60 qu’il lisait quand il était gamin.
Alors oui, en dehors du fait que ce soit un hommage, un Superman définitif et absolu et que cela a déjà été fait par Alan Morre dans Suprême (disons que cela part du même principe en tout cas), c’est quand même véritablement passionnant et Morrison réussit à donner une version moderne du personnage qui n’est pas en contradiction avec ce qui le définit de manière intrinsèque et un peu naïve. Rien que pour ça, c’est très fort. Il y a des parties extrêmement touchantes, les épisodes avec Loïs sont vraiment exceptionnels de maîtrise et de tendresse, et les passages sur la terre bizarro sont proches du chef d’œuvre. Après, il y a quelques faiblesses, notamment ce personnage de scientifique qui n’est pas, à mon sens, assez développé et qui laisse une fin un peu tronquée. Peut-être aussi quelques menaces vraiment trop étranges et un peu trop vite parachutées mais globalement, c’est quand même un sacré voyage !
Mais ce qui impressionne surtout, c’est le boulot de Quitely, encore une fois impeccable de bout en bout, et qui livre une prestation assez incroyable en termes de qualité et de modernité. Chapeau bas. On a l’habitude de le voir inventer des choses sur chaque planche, et il ne me fait pas mentir sur ces douze numéros.
Comme quoi on peut livrer un personnage de Superman moderne sans jamais toucher à ce qui le définit vraiment, un comics dont auraient mieux fait de s’inspirer les studios Warner pour leur interprétation du Man Of Steel.

Titres écartés au profit de celui-ci: Globalement, toute la production Morrison/Quitely est d’un excellent niveau, on retiendra
– FLEX MENTALLO, une des premières collaborations du duo, qui fonctionne à merveille et qui brise encore une fois le quatrième mur
– THE FILTH, où toutes les obsessions de Grant Morrison explosent sous le crayon de Chris Weston

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. ARROWSMITH dit :

    Y THE LAST MAN : le chef d’œuvre de BKV…..

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